Rapprocher la science et le développement

  • Les climatologues et les communautés peuvent trouver un terrain d'entente

Pour Arame Tall, spcialiste de l'adaptation, le dialogue constructif qui a cours actuellement en Afrique prouve que le dficit de collaboration entre les climatologues et les dcideurs peut tre combl.

Les pays africains sont confronts une menace croissante des catastrophes hydromtorologiques comme les scheresses, les inondations, les infestations de ravageurs, les pidmies lies l'eau, les temptes et les cyclones. Qu'elles soient en corrlation avec les changements climatiques d'origine anthropique, conscutives une vulnrabilit humaine accrue ou simplement le rsultat d'une amlioration de la qualit des rapports, les catastrophes hydromtorologiques signales en Afrique ne cesse d'augmenter depuis le milieu des annes 1990. [1]

Les dcideurs africains peuvent prendre de bonnes dcisions relatives l'adaptation aux changements climatiques si les climatologues peuvent leur fournir des donnes pertinentes, qui prendraient en compte les incertitudes inhrentes au climat et aux prvisions mtorologiques. Mais ce dialogue de fond entre les climatologues qui produisent des prvisions et des mises en garde, les dcideurs dans les agences de planification des gouvernements et les communauts vulnrables ne peut se faire dans le vide.

Plusieurs obstacles empchent les informations climatologiques et mtorologiques (prvisions) de parvenir aux potentiels utilisateurs. Entre autres le jargon scientifique, l'insuffisance des canaux de diffusion permettant d'atteindre les personnes les plus vulnrables mais aussi des cadres institutionnels mal dfinis au niveau national.

Une initiative test

En 2009, j'ai commenc travailler avec la Croix-Rouge/IFRC et la Stratgie internationale des Nations Unies pour la prvention des catastrophes sur un programme destin tester une nouvelle approche participative visant tablir un dialogue de fond au niveau national entre les climatologues et les gestionnaires de catastrophes de la Croix-Rouge au Sngal. L'atelier sur les prvisions mtorologiques avances et les mesures rapides a donn lieu un dialogue de trois jours.

Autour de la meme table se trouvaient des scientifiques travaillant au niveau national, directement impliqus dans la production de prvisions climatiques et mtorologiques, des reprsentants d'une communaut de pcheurs vulnrables dans le nord du Sngal, victimes chaque anne d'innondations et de raz de mare, et 30 volontaires de la Croix-Rouge venant de 11 rgions du Sngal qui n'avaient jamais vu une prvision climatique auparavant.

La plupart des mtorologues, des modlisateurs en climatologie, des hydrologues, des experts en tldtection et des agro-mtorologues du groupe n'avaient jamais dialogu avec des utilisateurs qui ne comprenaient pas le jargon scientifique ou n'avaient jamais entendu parler du phnomne El Nio li aux changements climatiques. Pour la majorit d'entre eux, les reprsentants de la Croix-Rouge et de la communaut de pecheurs ne voyaient pas quel intret reprsentaient les prvisions climatiques pour leur vie quotidienne ni les travaux de secours humanitaires qu'ils permettaient.

Ecouter et apprendre

Les dfis ont t clairement noncs. Les deux communauts ont d trouver un terrain d'entente en s'coutant activement au cours de ces 72 heures qu'elles ont passes ensemble. Elles ont d partager les connaissances sur la science et les incertitudes inhrentes aux prvisions climatiques, et sur l'importance des indicateurs climatiques pour la communaut, leurs expriences et leurs besoins en informations climatologiques. Elles ont d dfinir des domaines de collaboration conjointe dans leur mission commune de rduction de la vulnrabilit de certaines communauts aux catastrophes hydromtorologiques croissantes.

Il y avait au cur de l'atelier la conviction que les deux communauts avaient beaucoup de choses apprendre l'une de l'autre, mais elles devaient s'en rendre compte elles-mmes de manire pouvoir dvelopper une 'soif' d'interaction supplmentaire et d'envie de communiquer de manire durable.

Le dialogue a t arbitr travers une srie de moyens de 'briser la glace', de petites sessions de groupe, des discussions formelles et informelles, ainsi que des jeux ducatifs. [2] La rgle de 'l'interdiction du PowerPoint' a t strictement applique.

La mthodologie participative a t conue dans le but de favoriser davantage d'changes directs et approfondis entre les utilisateurs et les scientifiques. En effet, les deux communauts en taient venues raliser quel point elles taient interdpendantes.

Un impact important

Les scientifiques ont appris couter les besoins en information des utilisateurs communautaires de la Croix-Rouge qui leur ont explique que les bulletins priodiques de prvision qu'ils publiaient ne leur taient d'aucune utilit dans leur format actuel.

Une activit ludique a oblig les mtorologues faire face la ralit, comprenant que les utilisateurs tiendraient compte de toutes les prvisions reues, indpendamment des niveaux de probabilit. Les chercheurs en ont conclu qu'ils devaient publier des alertes oprationnelles, plutt que des bulletins de prvision remplis de termes techniques, et devaient travailler aux cts des destinataires finaux pour concevoir des composantes telles que les seuils d'alerte et les mcanismes de transfert d'informations.

De leur cot, les gestionnaires des oprations de catastrophe ont compris l'incroyable apport que les mtorologues pourraient fournir leur travaux de secours et aux tres humains, en les tenant informs des prvisions mtorologiques et des dangers atmosphriques, et en leur fournissant davantage d'informations sur lesquelles ils pouvaient tablir et planifier les mesures en cas de catastrophe.

Chez les 30 volontaires de la Croix-Rouge, les chercheurs ont trouv un rseau qui pourrait efficacement transmettre les informations mtorologiques au sein de leurs communauts, qu'ils servent et qui leur font confiance.

Ncessit de davantage d'ateliers

En 2011, six autres ateliers surla prvision mtorologique avance et les mesures rapides ont t organiss - deux de plus au Sngal, deux au Kenya, un en Ouganda et un en Ethiopie crant une structure pour un Cadre national de services climatologiques.

Toutefois, l'intensification de cette approche comporte des contraintes. En effet, pour que ces ateliers aient du succs, il faut crer les conditions institutionnelles adquates, obtenir suffisamment de soutien politique et attirer la table de discussion les acteurs de tous les secteurs qui dpendent du climat (la sant, l'agriculture, l'eau, le tourisme, l'levage et les infrastructures) et qui peuvent uvrer ensemble pour la cration d'un cadre national.

Ces processus de dialogue de fond et itratifs doivent tre soutenus par la communaut des donateurs et adopts par les gouvernements nationaux. Le succs des ateliers pilotes montre que le dficit de collaboration entre les fournisseurs et les utilisateurs des informations climatologiques et mtorologiques peut tre combl.

Ces ateliers offrent aux climatologues une possibilit concrte de travailler avec les dcideurs pour identifier les bonnes informations qui devront leur tre communiques pour contribuer leur application. Les ateliers doivent tre multiplis avant qu'il ne soit trop tard pour attnuer les effets des catastrophes lies au climat.

Arame Tall est une consultante spcialiste de l'adaptation aux changements climatiques et de la gestion des risques de catastrophes lies au climat en Afrique. Elle a fait son doctorat l'Universit Johns Hopkins Washington DC, aux Etats-Unis, en enqutant sur les fondements institutionnels d'une adaptation efficace aux changements climatiques. Arame peut tre contacte arametall@gmail.com.

Références

[1] Unpublished data
[2] Rules — Before the Storm: A Game of Forecasts and Action (PetLab and Red Cross/Red Crescent Climate Center)
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