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  • Les cartes des zones à risque pour réduire les décès dus aux cyclones

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Pour Shishir Dube, investir dans le tracé de cartes détaillées des dommages que pourraient causer les cyclones permettrait de sauver de nombreuses vies dans le pays de l'Océan indien.

Les derniers cyclones mortels en Asie, Sidr au Bangladesh en 2007 et Nargis en Birmanie en 2008, ont contribué à attirer l'attention sur le phénomène des tempêtes mortelles qui accompagnent les violents cyclones tropicaux.

Ces déferlements se produisent lorsque des vents forts soufflent sur de vastes étendues d'eau accompagnées de dépressions. Il en résulte un 'empilement' de l'eau de mer sur la côte, causant des inondations qui menacent les vies humaines, les cultures ainsi que les infrastructures et les biens matériels.

Ces déferlements sont une sérieuse menace pour la côte Est du Bangladesh, de l'Inde et du Sri Lanka. Si les cyclones sont beaucoup plus fréquents dans l'Atlantique ou le Pacifique, les eaux côtières peu profondes de la baie du Bengale, les marées hautes et les basses terres des zones densément peuplées de cette région provoquent des tempêtes particulièrement dévastatrices.

Environ 300.000 personnes ont trouvé la mort en novembre 1970 lorsqu'un cyclone dévastateur a frappé le Bangladesh (alors Pakistan oriental). En octobre 1999, un cyclone a fait plus de 15 000 morts à Paradip, sur la côte Est de l'Inde.  Quant à la Birmanie, le cyclone Nargis a fait récemment une centaine de milliers de morts.

Des progrès en matière de prévision

La mise en place d'un système de prévision des déferlements de tempête dans un délai suffisant pour permettre l'évacuation de la population est un défi pour les scientifiques. Cependant, plusieurs pays situés autour de la zone septentrionale de l'Océan Indien ont accompli quelques progrès dans ce domaine. Des modèles améliorés de déferlements de tempête peuvent à présent permettre de lancer des alertes de 12 à 24 heures à l'avance.

Ce succès est dû en grande partie à la coopération entre les Etats dans le cadre du programme sur les cyclones tropicaux de l'Organisation mondiale de la Météorologie (OMM). Ainsi, grâce à ce programme, l'Institut indien des Technologies de New Delhi a pu élaborer et appliquer des modèles de déferlements de tempête, suffisamment testés au préalable, pour le Bangladesh, la Birmanie, Oman, le Pakistan et le Sri Lanka.

L'établissement de la cartographie des zones de vulnérabilité reste nécessaire

Mais il subsiste un grave déficit de connaissances dans un autre domaine – un plan de gestion d'une catastrophe cyclonique est basé sur la maîtrise de la vulnérabilité physique d'une région.

Les chercheurs doivent déterminer l'étendue d'une ligne côtière qui est susceptible d'être touchée par des vents cycloniques forts ou d'être inondée par des déferlements de tempête. L'évaluation de cette zone de vulnérabilité physique devient d'autant plus importante que le réchauffement de la planète et la montée du niveau des océans sont attendus. Pour être efficace, la zone de vulnérabilité doit être évaluée en utilisant la plus petite unité géographique possible, telle que les villages.

Les pays vulnérables aux cyclones et aux déferlements de tempête sont conscients de l'importance de ces questions ,des cartes détaillées des zones de vulnérabilité sont disponibles pour plusieurs pays développés tels que l'Australie et les Etats-Unis. Mais les pays comme le Bangladesh, Myanmar, le Pakistan et le Sri Lanka ne disposent pas des données et de la technologie nécessaires à l'établissement de ces cartes.

Toutefois, quelques progrès ont été enregistrés dans ce domaine. L'Institut indien des technologies de New Delhi a mené une étude pilote en 2005 afin de tracer des cartes des zones de vulnérabilité pour la côte de l'Etat d'Andra Pradesh, dans le Sud de l'Inde.

Des scientifiques de cette institution ont utilisé une base de données sur les déferlements de tempête de la région, combinée à une simulation des trajectoires cycloniques et des caractéristiques des marées. Ils ont évalué les inondations et dommages potentiels causés par les vents, et dressé la carte de la zone de vulnérabilité aux futurs cyclones, notamment aux événements moins fréquents mais plus intenses.

Ces cartes ont contribué à élaborer des plans de gestion des catastrophes à long terme dans la région. Les autorités régionales peuvent les utiliser pour identifier les zones les plus exposées aux inondations et aux dommages des vents, déterminer les priorités en matière de stratégies de réduction des effets et de régulation, et mettre en place un guide pour les contrats d'assurance.

Des propositions sont en cours pour le tracé de cartes similaires pour d'autres Etats côtiers. Les personnes chargées de la gestion des situations d'urgence et les décideurs réclament de plus en plus des cartes des risques d'inondation ainsi que des prévisions météorologiques normales et celles, relatives à la hauteur des déferlements de tempête. Des cartes des risques d'inondations sur le continent sont également nécessaires en raison de la forte pluviométrie associée aux cyclones. Ces cartes permettre de préparer, d'apporter une réponse et d'évaluer les dommages causés par les cyclones.

Des investissements cruciaux

Cependant, il n'existe pas de données topographiques numériques continentales et côtières détaillées sur la plupart des pays situés autour de l'Océan indien (et leur collecte coûte cher). Par conséquent, le tracé de cartes de zone de vulnérabilité nécessite des investissements substantiels dans les technologies et les ressources informatiques mais aussi dans la collecte de données détaillées à des échelles spatiales réduites.

Des historiques détaillés et des dossiers sur les données de différents déferlements de tempête font également défaut. Elles sont nécessaires au calibrage des modèles de déferlement de tempête, ainsi qu'à l'évaluation de la zone de vulnérabilité de la ligne côtière et la gestion des plans de réduction des cyclones.

Les pays doivent faire des efforts de collecte et de stockage de toutes les données pertinentes lorsqu'un cyclone frappe. Par exemple, des systèmes d'information géographique (SIG) sont aujourd'hui des outils de recherche répandus et peuvent permettre de créer des bases de données sur la pluviométrie, le débit et les trajectoires cycloniques.

Investir à la fois dans les technologies et la collecte des données aidera les pays vulnérables à dresser la cartographie détaillée de la zone de vulnérabilité physique nécessaire pour mettre en place des stratégies d'évacuation efficaces. Il s'agit d'investissements susceptibles de réduire le nombre de décès dus aux cyclones dans l'Océan Indien.

Shishir Dube est professeur au Centre des Sciences atmosphériques de l'Institut indien des Technologies à New Dehli.

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