Rapprocher la science et le développement

  • L'utilisation durable des sols doit être une priorité au sommet Rio+20

Luc Gnacadja de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la dsertification exhorte les dirigeants du monde promouvoir des mthodes efficaces d'utilisation des sols pour attnuer les effets de la scheresse.

Les scheresses graves qui frappent en Afrique rappellent avec brutalit le caractre injuste de l'ordre plantaire. Dans la Corne de l'Afrique, environ 13 millions de personnes peinent disposer d'une alimentation suffisante et environ le mme nombre de personnes, dont la plupart sont des enfants, souffrent de la faim au Sahel, rgion qui traverse le continent d'est en ouest, au Sud du Sahara.

Aujourd'hui, la scheresse frappe certaines parties de l'Afrique sub-saharienne beaucoup plus frquemment que le cycle habituel d'une scheresse tous les dix ans, et cela plus svrement. Alors mme que les habitants de la rgion sont les moins responsables de ces changements climatiques.

L'an dernier, la rponse de la communaut internationale la crise dans la Corne de l'Afrique a accus un retard et une lenteur catastrophiques. Des dizaines de milliers de personnes auraient pu tre sauves si nous n'avions pas attendu que la crise alimentaire qui svissait dans toute l'Afrique de l'Est dgnre en famine en Somalie.

Pis encore, l'aide humanitaire aggrave la vulnrabilit des communauts dpendantes de l'agriculture la prochaine scheresse. L'aide alimentaire perturbe les marchs locaux, les agriculteurs perdent des revenus et la motivation produire parce que les populations locales peuvent obtenir gratuitement des aliments.

Aujourd'hui, les rapports les plus rcents des systmes d'alerte prvoient une nouvelle crise cette anne, la fois dans la Corne de l'Afrique et dans le Sahel, alors que ces rgions ne se sont pas encore remises des scheresses de 2010 et 2011. [1] Qu'allons-nous faire, face cette situation ?

Protger, pour prosprer

Les agriculteurs des rgions de Maradi et de Zinder au Niger savent ce qu'il faut faire. Au cours des 20 dernires annes, ils ont protg les arbres sur quelque cinq millions d'hectares de terres agricoles. Les zones o jadis aucun arbre ne poussait, ou seuls quelques-uns par hectare, en comptent aujourd'hui jusqu' 120. Ces arbres amliorent non seulement la fertilit des sols mais fournissent aussi du fourrage, des fruits et du bois de chauffage aux mnages.

Une rcente enqute [2] montre que les agriculteurs qui prservent les arbres peuvent mieux faire face la scheresse que leurs homologues de la mme rgion. Certains ont mme produit un modeste excdent de crales en 2011.

Il s'agit l d'un seul exemple de gestion durable trs russie des terres au niveau local. On peut galement citer l'exemple de Yacouba Sawadogo, agriculteur burkinab, personnage central du film documentaire, L'homme qui arrta le dsert. Associant techniques de plantation d'arbres et de culture, il a su transformer en trois dcennies les terres arides de son village en une fort cultive de 15 hectares. [3]

Il ne faut pas attendre que survienne la prochaine crise alimentaire. Nous devons vulgariser ds maintenant cette exprience et l'tendre aux niveaux national et rgional. La scheresse est prvisible. Les outils et les connaissances dont les agriculteurs ont besoin pour y faire face sont dj disponibles. Ce qui fait problme c'est l'absence de volont politique et la mconnaissance des pratiques existantes de gestion durable des terres.

Les premires mesures doivent tre locales

La premire tape consiste donner aux communauts locales les moyens d'agir et promouvoir la communication entre agriculteurs.

En 2004, le Fonds international pour le dveloppement agricole (FIDA) a contribu la cration du premier comit villageois dans le district d'Aguie dans la rgion de Maradi au Niger, pour le suivi des activits de reboisement. La valeur de cette initiative a t reconnue au niveau national, suscitant la mise en place de comits similaires dans les villages voisins.

Aujourd'hui ces comits se runissent rgulirement pour partager leurs expriences en matire de gestion des terres et pour protger les arbres contre le vol.

En 2008, plusieurs agriculteurs venus du Sngal ont visit des zones reboises au Niger. A leur retour, ils ont utilis les connaissances ainsi apprises pour protger les jeunes arbres de leurs parcelles sur une superficie d'environ 40.000 hectares. Les autorits locales devraient soutenir ce type d'change d'expriences.

Les mdias locaux, nationaux et internationaux, doivent communiquer autour de ces exemples de russite, notamment la radio, mdia le plus accessible aux agriculteurs en Afrique.

Une stratgie la fois nationale et internationale

Il ne suffit pas de cibler les agriculteurs. Nous devons nous assurer que chaque pays vulnrable se dote d'une politique nationale de gestion de la scheresse fonde sur des systmes efficaces d'alerte prcoce, de prparation, de gestion des risques et d'attnuation. Ces efforts sont mens par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la dsertification et l'Organisation mondiale de la mtorologie. Ces politiques doivent inclure des rgimes d'assurance permettant, par exemple, aux agriculteurs et aux leveurs frapps par la scheresse de bnficier de l'aide du gouvernement.

Nous devons surtout renforcer les capacits des petits exploitants devenir des 'champions' de la course contre les effets dsastreux des changements climatiques. Dans la plupart des pays africains, les terres que les populations locales cultivent depuis des gnrations sont juridiquement la proprit du gouvernement, alors que les agriculteurs prserveraient leurs arbres s'ils jouissaient de droits clairement dfinis sur ces terres. Les gouvernements africains doivent donc reconnatre ces droits dans la lgislation qui rgit les forts et l'agriculture.

Plusieurs tudes dmontrent que favoriser la rsilience long terme prsente un meilleur ratio cot-efficacit que l'laboration d'une rponse ponctuelle une crise donne. Cependant, il semble plus facile pour les organismes d'aide de justifier les dpenses pour nourrir un enfant affam que d'aider son pre produire assez de nourriture.

Au moment o la communaut internationale dbat de la place de l'conomie verte et du dveloppement durable la confrence des Nations Unies sur le dveloppement durable (Rio+20), il est impensable que nous restions les bras croiss devant des dizaines de milliers de personnes mourrant de faim.

Nous devons agir aux niveaux local, national et international pour accorder la primaut de l'action aux agriculteurs et soutenir l'utilisation durable des terres et les initiatives de reboisement.

Le sommet Rio+20 doit en faire une grande priorit. Cela est essentiel afin d'empcher une nouvelle crise alimentaire en Afrique et pour relever le dfi mondial qui consiste nourrir neuf milliards de personnes d'ici 2050.

Luc Gnacadjaest le secrtaire excutif de la Conventions des Nations Unies sur le dveloppement durable qui uvre pour une rponse intgre la dsertification, la dgradation des sols et la scheresse.

Références

[1] Al Jazeera Aid agency warns of West Africa food crisis. (9 March 2012)
[2]
Food security and water in Africa's drylands (African re-greening initiatives, 2012)
[3] 1080 Films The Man Who Stopped the Desert. (2010)

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