Rapprocher la science et le développement

  • Le cadre d’action de l’ONU sur les catastrophes 'voué à l’échec'

Crédit image: Marco Dormino/UNITED NATIONS

Lecture rapide

  • Dans les pays en développement, un nombre croissant de personnes sont exposées au risque sismique

  • Il faut combiner la science et des mesures d’incitation économique pour protéger les personnes à risque

  • Les solutions doivent être participatives et adaptées au contexte local

Selon un article publié la semaine dernière dans la revue Science, le risque sismique devrait considérablement s’aggraver dans les pays en développement et, pour cela, d’autres stratégies d’atténuation combinant preuves scientifiques  et incitations économiques  devraient être élaborées.
 
L’aggravation du risque progresse plus rapidement que les efforts de réduction des risques et les chances que l’ONU atteigne l’objectif qu’il s’est fixé de réduire les pertes dues aux séismes d’ici 2015, tel que défini dans le Cadre d’action de Hyogo s’amenuisent, soutient l’article.
 
'La réduction du risque sismique doit être perçue non seulement comme un défi technologique et scientifique, mais aussi un défi sociologique et psychologique', poursuit l’article.
 
Les pertes humaines et économiques dues aux séismes augmentent avec l’exposition accrue au risque et la croissance démographique, affirme Brian Tucker, président de l’ONG GeoHazards International et auteur de l’article.
 
Et il souligne que ces pertes sont de plus en plus concentrées dans les pays en développement en raison de la croissance démographique urbaine et la mauvaise qualité des constructions dans cette partie du monde relativement à la résistance aux séismes.
 
Par exemple, des séismes d’amplitudes voisines ont tué 11 pour cent des personnes exposées à Haïti, mais seulement un pour cent au Chili – un pays qui, contrairement à Haïti, a élaboré et applique des codes de construction parasismique. Ce qui signifie que les bâtiments haïtiens sont 100 fois plus dangereux que ceux du Chili.
 
L’article affirme également que le nombre moyen de pertes en vies humaines causées par chaque séisme dans les pays en développement comme l’Afghanistan, la Chine, l’Inde, l’Iran et le Pakistan est 90 fois plus élevé que dans les régions développées, comme la Californie, les Etats-Unis ou le Japon.
 
'Il ne faudrait entretenir aucune illusion quant à la capacité du Cadre de [Hyogo]  à inverser cette tendance', tranche-t-il dans un entretien avec SciDev.Net. 
 
'Une fois que nous regarderons cette vérité en face, nous pourrons entamer la réflexion sur les mesures à prendre pour faire face à cette situation.'
 
L’article propose des incitations financières pour le  respect des codes de construction, par exemple en encourageant les agences onusiennes et les multinationales à n’acquérir ou louer que des bâtiments résistants aux séismes. Les collectivités décentralisées pourraient aussi réduire l’impôt sur la propriété immobilière prélevé sur ce type de constructions.
 
'C’est une stratégie à long terme dont les bénéfices pour les pauvres ne seront pas immédiats', admet Tucker, 'mais ce serait un pas dans la bonne direction.'
'Tant que nous continuerons à considérer la préparation au risque comme une simple question humanitaire sans prendre en compte ses conséquences économiques et politiques, nous ne réussirons pas.'
 
Il affirme qu’il est difficile pour les hommes politiques locaux d’élaborer des stratégies de long terme parce que le public n’est pas conscient de leurs avantages futurs. En même temps, il fait remarquer que 'les représentants de la communauté internationale qui prônent la préparation aux séismes au niveau international, ne donnent pas suite à cette idée dans leurs propres pays.'
 
Ian Main, professeur de sismologie et de physique des roches à l’Université d’Edinburgh au Royaume-Uni, reconnaît que les dégâts causés par les catastrophes naturelles pourraient augmenter à l’avenir.
 
'Nous ne devons pas oublier que les séismes ne tuent pas directement', ajoute-t-il. 'Ce sont toujours les bâtiments [qui tuent].'
 
D’après Main, dans les pays en développement où plusieurs édifices sont construits à partir de rien, la mise en œuvre des mesures de préparation aux risques serait relativement peu coûteuse.
 
'La rénovation d’un bâtiment coûte beaucoup plus cher. Par conséquent, la phase de construction est le meilleur moment pour agir', déclare-t-il. 'La préparation aux risques ne saurait être ignorée, parce qu’à long terme les dégâts coûteront plus cher que les mesures de prévention.'
 
Pour Tiziana Rossetto, maître de conférences en ingénierie au University College à Londres au Royaume-Uni, le cadre d’action de Hyogo ne saurait être considéré comme un échec.
 
'Il est essentiel d’œuvrer pour l’atteinte d’objectifs ambitieux, et le problème est d’une ampleur telle que nous ne pouvons pas espérer trouver une solution définitive en l’espace d’une décennie', explique-t-elle à SciDev.Net. Pour elle, le conseil de Tucker consistant à promouvoir la préparation au séisme par des mesures d’incitation d’ordre économique ne résoudrait qu’en partie le problème.
 
'La dimension psychologique et le contexte local  sont d’une importance capitale', dit-elle. 'Toute solution doit être adaptée afin de faciliter le dialogue et la coopération entre les collectivités locales, les urbanistes et les promoteurs immobiliers.'
 
Elle fait remarquer que jusqu’à présent, les scientifiques émettent des recommandations sans tenir compte des dimensions politique et sociale de la question.
 
'Le progrès vers la réduction des risques doit être participatif ', ajoute-t-elle. 'La sensibilisation est importante, mais, nous devons parallèlement aider les communautés locales à mettre en œuvre des mesures pratiques et des programmes de sensibilisation.'
 
 
Voir ci-dessous une vidéo sur le Cadre d’action de Hyogo (en anglais) :
 

Références

Science doi: 10.1126/science.1239236 (2013)
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