Rapprocher la science et le développement

  • Un 'jury' d'agriculteurs exprime ses attentes par rapport à la recherche agricole

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[BAMAKO] Selon des agriculteurs ouest-africains, les chercheurs agricoles devraient consacrer plus de temps non pas au développement des hybrides venant de l'"extérieur", mais à l'amélioration des semences locales.

Par ailleurs, ils jugent que la portée de la recherche devrait s'étendre, oubliant des préoccupations limitées comme l'amélioration d'une culture unique, et privilégiant plutôt des études plus vastes qui prennent en compte l'environnement dans lequel les agriculteurs évoluent.

50 agriculteurs et pêcheurs ont ainsi livré leur verdict sur l'avenir de la recherche alimentaire et agricole lors de la réunion de l'un des deux jurys citoyens - des outils décisionnels qui recueillent les avis des membres du public sur des questions clés - à Sélingué, au Mali, au début du mois (11-17 Janvier).

Les jurés ont exhorté les chercheurs à mettre l'accent sur l'amélioration des cultures locales, un appel qui fait écho au résultat d'un processus de jury analogue qui s'est réuni en Inde l'année dernière (voir Les agriculteurs indiens demandent que l'accent soit mis sur les cultures locales). Les participants ont également exprimé leur préoccupation quant au fait d'appliquer la recherche à la génération de semences hybrides –produites par pollinisation croisée dans le but d'améliorer des caractéristiques comme le rendement des cultures.

Ils ont demandé aux chercheurs de chercher à mieux comprendre l'écologie et les systèmes agricoles locaux.

Pour Michel Pimbert, directeur du programme d'agriculture durable, biodiversité et moyens de subsistance à l'Institut international pour l'Environnement et le Développement, "les agriculteurs ont fait savoir que les travaux d'amélioration génétique des cultures devraient aller de pair avec la recherche visant à améliorer l'écologie des sols sur lesquels les semences sélectionnées seront cultivées".

Selon Pimbert, les agriculteurs ont justifié leur volonté de s'appuyer sur la diversité locale par leur crainte que le recours à des semences hybrides ne les rende dépendants des entreprises de semences (voir Appel aux décideurs africains : accélérez le transfert des semences améliorées aux agriculteurs).

Des politiques relatives aux droits de propriété et tenant compte des différents besoins des hommes, femmes et enfants ont été également identifiées comme une priorité.

"Une conclusion importante du jury des agriculteurs est que la recherche sur l'accès aux terres et leur contrôle a tendance à ignorer les besoins des femmes. La recherche devrait se pencher sur les relations entre les femmes, les hommes et les jeunes, en étudiant qui a accès aux terres, et aux autres ressources naturelles, et qui les contrôle", explique Pimbert.

Des différences claires entre les opinions des citoyens et les priorités actuelles des chercheurs agricoles ont émergé. Ainsi, l'accent placé par les agriculteurs sur l'agro-écologie, qui considère l'exploitation dans son ensemble, est de nature plus large que les préoccupations plus limitées des chercheurs, a-t-il poursuivi.

Pour
Pimbert, la recherche agricole a, comme à son habitude, négligé les approches intégrées qui tiennent compte de la complexité des exploitations agricoles africaines et des connaissances et priorités des agriculteurs africains.

Un deuxième jury se réunira la semaine prochaine (1-6 février).

D'autres sessions seront organisées plus tard pour tenter de faire peser la voix des agriculteurs dans les discussions internationales. Les résultats seront combinés aux conclusions de jurys qui se sont réunis en Inde et à d'autres qui doivent se réunir en Bolivie et au Pérou vers la fin de cette année.

Pour Ousmane Sy, ancien ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales dans le gouvernement malien, cet exercice "donne aux populations rurales l'occasion d'influencer les politiques agricoles et de développement".

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