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Les variétés locales de riz sont résistantes et adaptables
  • Le riz local d’Afrique de l’Ouest jugé de bonne qualité

Les variétés locales de riz sont résistantes et adaptables
Crédit image: Flickr/Hanoi Mark

Lecture rapide

  • Jusqu’à présent, les chercheurs pensaient que les variétés locales de riz n’étaient pas capables de s’adapter, ce qui limitait leur utilité aux conditions locales

  • Une nouvelle étude révèle qu’en réalité elles sont résistantes et adaptables

  • Les auteurs de l’étude proposent de les vulgariser et de les utiliser concomitamment avec les variétés améliorées

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[COTONOU, BENIN] Une nouvelle étude réalisée en Afrique de l’Ouest remet en question l’idée selon laquelle les variétés traditionnelles africaines et asiatiques de riz n’ont de la valeur que sur le plan local, du fait de leur faible capacité d’adaptation à des conditions environnementales difficiles.

Entre 2006 et 2012, des chercheurs de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas et d’AfricaRice au Bénin ont étudié 26 variétés de riz développées et cultivées localement par des agriculteurs dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest. Il s’agissait à la fois de variétés de riz africain (Oryza glaberrima) et de riz asiatique (Oryza sativa).


Selon leurs conclusions, les variétés traditionnelles de riz peuvent pousser sans engrais, ne requièrent aucun soin particulier et sont capables de mettre au point des stratégies pour faire face au stress. Autant de caractéristiques qui en font des variétés à forte capacité d’adaptation à une vaste gamme de milieux différents.

D’après ces chercheurs, un autre avantage de ces variétés tient au fait qu’elles ont des rendements plus élevés, parfois même supérieurs à celles des variétés importées, avec environ 660 kilogrammes à l’hectare, en zone élevée, peu élevée et en rizières irriguées.

"Les variétés traditionnelles s’adaptent mieux aux conditions défavorables que les variétés améliorées", explique Béla Teeken, auteur de l’étude et chercheur au sein du groupe Technologie et Développement agraire de l’Université de Wageningen.

"En raison des longues trajectoires de sélection par les agriculteurs, des conditions dynamiques – [à la fois] écologiques et sociales (changements climatiques, isolement politique, guerres et autres bouleversements) – ces conditions sont ‘inscrites’ dans ces variétés qui sont, de ce fait, mieux adaptées à des environnements peu favorables", souligne-t-il.

Florent Okry, coordonnateur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre auprès de Access Agriculture, l’un des co-auteurs de l’étude, prône désormais une réflexion autour de la vulgarisation des variétés traditionnelles de riz sur toute l’Afrique.  Ces efforts ne devraient toutefois pas se faire au détriment des variétés améliorées, qui doivent rester disponibles même si elles nécessitent l’utilisation des engrais et insecticides coûteux.

"Nous ne saurions fermer les yeux sur ce potentiel inexploité, mais nous ne préconisons pas pour autant l’arrêt de l’obtention des [espèces améliorées]", tempère-t-il.

"Les variétés locales ne sauraient être négligées sous le prétexte que leur potentiel est faible. Notre étude démontre leur robustesse et la nécessité de les valoriser au même titre que les variétés améliorées. La sécurité alimentaire est à 80 pour cent tributaire des petits producteurs et nous devons les garder à l’esprit, parce qu’ils n’ont pas les moyens de production associés aux variétés améliorées", précise Okry.

D’après Teeken, l’utilisation des variétés locales pourrait renforcer l’autonomie des agriculteurs modestes les plus vulnérables, ce qui pourrait contribuer à la stabilité sociale et à la croissance économique à long terme, même sans générer une forte croissance économique.

Okry exhorte les scientifiques, les bailleurs de fonds et les décideurs politiques à accorder plus d’attention aux variétés locales et à reconnaître leur potentiel.

"Ces variétés," préconise Teeken, "doivent être associées aux variétés améliorées dans des projets de vulgarisation afin de préserver la sécurité alimentaire des agriculteurs. Ce faisant, nous nous appuierions sur une base génétique plus étendue et soulignerions la contribution de la production des ‘laboratoires’ des agriculteurs au fil des décennies d’innovation et de sélection".

Parmi les autres recommandations émises par les chercheurs figure notamment l’idée de déployer plus d’efforts pour conserver, évaluer et distribuer le matériel végétal du riz sélectionné par les agriculteurs en Afrique de l’Ouest, et de consulter et d’impliquer les agriculteurs eux-mêmes dans le processus de vulgarisation.

L’étude a été publiée dans PLOS ONE en mars dernier.

Lien vers l’article complet dans PLOS ONE

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