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  • Le maïs transgénique, bientôt un aliment complet

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Des scientifiques ont pour la première fois génétiquement modifié le maïs blanc dans le but d'en accroître la teneur en plusieurs vitamines différentes – renforçant de ce fait l'éventualité de parvenir à des cultures susceptibles de satisfaire les besoins nutritifs dans leur totalité.

Dans le maïs blanc, aliment de base en Afrique, l'équipe de chercheurs a ainsi accru par 170 fois le taux de bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A ; par six fois celui de la vitamine C ; et par deux fois celui de l'acide folique.

Le maïs blanc ne contient normalement que des quantités à l'état de trace de bêta-carotène. Les maladies causées par une alimentation pauvre en vitamine A, en vitamine C et en acide folique sont répandues en Afrique, affirme Paul Christou, chercheur principal et affilié à l'Université de Lleida, en Espagne.

Les chercheurs ont jusqu'à récemment eu de nombreuses difficultés pour introduire simultanément plusieurs gènes dans une plante dans le but de créer chez elle plusieurs caractéristiques différentes, a-t-il déclaré au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).

Son équipe a développé une méthode capable de transférer dans les embryons de plantes les gènes requis, en les bombardant de particules de métaux enrobées des gènes. Les plantes qui en résultent sont ensuite examinées en vue de déterminer celles qui portent les gènes souhaités.

Cette méthode permet d'introduire un nombre illimité de transgènes dans une plante, affirme Christou. C'est une technique plus rapide que d'autres, les gènes persistant par ailleurs dans les générations suivantes.

La plupart des chercheurs se "compliquent la tâche" en introduisant des gènes individuels dans les plantes, puis les croisant et les reproduisant sexuellement. Les plantes possèdant deux caractéristiques différentes sont ensuite recroisées et ainsi de suite. "Cela prendrait des années ... alors que nous pouvons le faire d'un seul coup", a-t-il ajouté.

L'équipe souhaite désormais introduire simultanément dans le maïs des gènes pour d'autres vitamines, des microélements tels que le calcium, le fer, le sélénium et le zinc, et d'autres gènes de résistance aux insectes et au parasite appelée striga. Les chercheurs tentent aussi d'introduire des gènes dans certaines variétés de riz.

Ils ont pour objectif d'obtenir des plantes prototypes contenant 25-30 transgènes d'ici cinq ans.  Christou convient qu'obtenir les accords réglementaires nécessaires pour les OGM afin de gagner les champs sera l'étape la plus complexe.

Après des essais en champ aux Etats-Unis l'an prochain, l'équipe utilisera la méthode de reproduction conventionnelle pour croiser des cultures contenant les trois vitamines avec des variétés locales.

Pour Ed Cahoon de l'Université du Nebraska aux Etats-Unis et membre du projet BioCassava Plus, initiative visant à transformer le manioc en un aliment complet, ces travaux montrent à quel point la biotechnologie est utile pour l'amélioration simultanée des multiples caractéristiques nutritionnelles. Son projet a déjà introduit - de façon individuelle - dans le manioc des gènes pour accroître sa teneur en éléments nutritifs et sa résistance aux virus, et diminuer sa teneur en cyanure ; des essais en champ seront réalisés au Nigeria (voir 'Le 'super manioc' va passer aux essais en champ').

Cahoon soutient que la méthode de 'gene stacking' (empiler ou entasser les gènes) a déjà été utilisée à des fins commerciales–pour donner au maïs la résistance aux herbicides et aux insectes, par exemple – et que cette recherche permet à la technologie d'avoir un véritable impact pour les consommateurs.

Les résultats de cette recherche ont été publiés le mois dernier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (27 avril).

Lien vers le résumé dans les Proceedings of the National Academy of Sciences*

*Accès libre pour les lecteurs des pays en développement

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