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  • La guerre aurait vulgarisé un riz hybride

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D'après certains chercheurs, la guerre serait en partie à l'origine de l'apparition inattendue de variétés hybrides de riz en Afrique de l'Ouest.

Cette région est unique dans la mesure où le riz africain et le riz asiatique y coexistent. Jusqu'alors, l'on pensait que les deux variétés (l'Oryza glaberrima Steud et l'Oryza sativa L.) ne pouvaient pas s'inter-croiser puisqu'elles engendraient elles-memes des variétés stériles. C'est pourquoi,  lorsque des scientifiques avaient réussi, il y a une dizaine d'années, à les croiser en laboratoire et obtenir le Nouveau riz pour l'Afrique (NERICA), cette performance avait été saluée comme une percée technologique.

Mais dans un article publié ce mois (6 octobre) dans PLoS ONE, des chercheurs observent que ces deux variétés s'intercroisent naturellement en champ et que les agriculteurs sont activement impliqués dans la sélection et l'amélioration de ces variétés.

Cette découverte atteste la nécessité d'impliquer les agriculteurs dans l'amélioration des semences. Jusqu'alors, disent les auteurs, leur rôle a été généralement limité aux essais passifs des inventions des scientifiques.

Ces chercheurs ont collecté des variétés de riz dans les villages de la 'rice belt' sur la côte d'Afrique de l'Ouest, notamment en Gambie, au Ghana, au Sénégal et au Togo, et étudié leurs différences génétiques.

Ils ont découvert plusieurs nouvelles variétés paysannes qui ne peuvent être que le résultat d'un intercroisement en champ. 

Les descendances résultant de l'intercroisement naturel des espèces produiront peu de semences, mais si elles survivent , elles pourraient permettre de produire des semences parfaitement fertiles, assure Edwin Nuijten du Groupe Technologie et Développement agraire de l'Université de Wageningen aux Pays-Bas, et co-auteur de l'étude.

« Supposons qu'un agriculteur découvre une variété hybride dans son champ. Pensant que cette variété est utile, il ne la récoltera pas. Ces quelques graines peuvent tomber dans le champ et si l'agriculteur repique son champ, elles peuvent germer et polliniser les plantes normales environnantes. Après quelques générations, une plante parfaitement fertile apparaitra», explique Nuijten.

« L'agriculteur pourrait alors sélectionner des plantes similaires et les semer à part pour vérifier si elles sont aussi fertiles en tant que nouvelle variété ».

Selon ces chercheurs, les catastrophes telles que les guerres semblent accélérer la sélection et la propagation des variétés hybrides. Les régions touchées par la guerre comme la Guinée-Bissau, le sud du Sénégal et la Sierra Léone, comptent plus variétés hybrides paysannes que d'autres.

« En Sierra Leone, les agriculteurs se cachent dans les forêts pour fuir les attaques des rebelles et éviter d'être repérés… En temps normal, ils abatteraient une partie de la forêt qu'ils brûleraient pour disposer de terres fertiles. Mais le brûlis attirerait l'attention. C'est pourquoi les agriculteurs sont obligés de réexploiter les mêmes parcelles, réduisant la fertilité du sol. Les variétés hybrides supportent cette pratique ».

Cette propagation s'explique également par le fait que les agriculteurs fuient leurs domiciles avec leurs variétés les plus résistantes, et font moins attention pendant la récolte de leurs cultures, hésitant à s'attarder dans les champs par peur d'être repérés par les rebelles.

Pour Nuijten, le rôle actif joué par les agriculteurs dans le développement de cette culture plaide en faveur d'une plus grande implication de ces derniers dans le processus d'amélioration des plantes. Au lieu de les cantonner à l'essai des cultures après leur développement, précise-t-il, ils doivent participer à la sélection des variétés prometteuses, ce qui permettrait d'obtenir des plantes taillées sur mesure.

Références

PLoS ONE doi 10.1371/journal.pone.0007335 (2009)

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