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  • Des bactéries et des plantes pour désactiver les mines anti-personnel ?

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[LE CAIRE] Des chercheurs égyptiens affirment avoir mis au point une méthode peu onéreuse et facile de détection et de désamorçage des mines antipersonnel, utilisant des plantes et des bactéries.

Certains experts se déclarent toutefois, sceptiques quant à cette méthode qui doit surmonter selon eux des obstacles majeurs d’ordre pratique. Ce processus de désactivation en trois étapes des mines antipersonnel -des mines terrestres conçues pour être utilisés contre les êtres humains- commence par détecter la mine avant de corroder le corps en fer fondu et, enfin la neutraliser.

L’Académie de la recherche scientifique et technologique (ARST), l’organe public chargé de financer la recherche en Egypte, a annoncé le 18 janvier dernier qu’elle allait financer des essais à grande échelle sur la côte Nord-Ouest de l’Egypte, une fois que cette technique aura prouvé son efficacité lors des tests de laboratoire. Elle attend l’autorisation de l’armée pour le faire.

« Nous avons testé cette technique pendant presqu’une année avant d’autoriser les essais à grande échelle », affirme à SciDev.Net Abdelsalam Gomaa, membre du comité de l’ASRT chargé d’approuver les financements pour la recherche agricole.

A.M. Abou Dahab, professeur d’horticulture ornementale à l’Université du Caire et directeur de recherche, explique que la première étape de cette méthode a été mise au point en mars 2004 par Aresa Biodetection, une entreprise danoise de biotechnologie.

Cette société a développé une variété de l’Arabidopsis thaliana, une plante de la famille de la moutarde, qui vire du vert au rouge en présence de l’oxyde d’azote qui s’échappe des mines antipersonnel.

Ces chercheurs envisagent de demander l’appui de l’armée de l’air pour semer cette plante sur environ 700 acres de terrain infestées de mines antipersonnel.

Les deux prochaines étapes de cette méthode de désamorçage sont basées sur de nouvelles découvertes.

Une fois que les plantes ont indiqué la présence des mines, les chercheurs proposent l’introduction de bactéries amatrices de fer qui vont percer de petits trous dans le corps en fer des mines, permettant la libération du gaz issu de la dégradation de l’explosif trinitrotoluène (TNT).

L’étape ultime consiste à planter du Vinca rosea (pervenche rose), de la betterave à sucre, ou encore du tabac dans la zone. Les racines de toutes ces plantes contiennent des enzymes qui absorbent l’azote, un composant du TNT. La mine devrait se trouver désactivée par cette absorption.

Richard Boulter est chef de programme au Cambodge pour le compte de Halo Trust, une organisation caritative spécialisée dans l’enlèvement des débris de guerre dangereux. Il a joué un rôle crucial dans la mise au point de la méthode.

“Les oiseaux mangeront les semences… Même si la germination se produit, comment allons-nous empêcher les animaux de manger ces plantes ? Cette méthode suppose également que le TNT suinte. Mais ce n’est pas le cas».

Abou-Dahab affirme cependant qu’il y a peu d’oiseaux dans la zone où est testée cette méthode, et la garde y est montée afin d’empêcher l’intrusion des animaux.

« Je ne voudrais pas écarter d’office cette nouvelle idée, mais nous n’en saurons rien tant que nous ne l’aurons pas essayée. Elle semble néanmoins un peu farfelue », commente Sean Sutton, porte-parole du Groupe consultatif sur les mines (Mines Advisory Group) basé au Royaume-Uni.

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