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  • D'ici 2050, il pourrait être impossible de cultiver le maïs dans les pays sahéliens

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[BAMAKO] Selon les prévisions de certains chercheurs, six pays africains pourraient ne plus être en mesure de cultiver le maïs d’ici 2050 : le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, le Niger, le Sénégal et la Sierra Leone.

S’appuyant sur des données climatiques historiques, des cartes de la production alimentaire et des modèles climatiques tirés du quatrième rapport d’évaluation du Groupe d’Experts intergouvernemental sur les Changements climatiques (GIEC), les chercheurs ont conclu que d’ici 2050, les saisons de cultivation seront plus chaudes en Afrique comparativement aux températures que presque tous les pays du continent ont connu jusqu’à présent, et cela même en cas de réduction substantielle des émissions de carbone.

L’étude, publiée le mois dernier (4 juin) dans Global Environmental Change, compare les climats prévus avec les conditions actuelles et conclut que la plupart des pays connaîtront des conditions climatiques similaires à celles qui prévalent dans d’autres pays. Ainsi, le Lesotho, qui connaît l’un des climats les plus frais du continent, pourrait adopter des variétés de maïs cultivées actuellement au Mali, l’un des pays les plus chauds d’Afrique.

Mais six pays africains parmi les plus chauds, pour la plupart des pays du Sahel, pourraient ne pas avoir de solution de rechange. Al’heure actuelle, peu de pays connaissent les climats extrêmement chauds qu’on leur prévoit. Les chercheurs préviennent que ces pays pourraient par conséquent devoir passer à des cultures plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse telles que le mil et le sorgho.

David Lobell, l’un des auteurs de l’étude et chercheur principal au Programme sur la sécurité alimentaire et l’environnement de l’Université Stanford aux Etats-Unis, a déclaré au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) que ces pays doivent collaborer pour la production efficace de semences.

Il propose ainsi que le Mali tente de diversifier ses cultures en adoptant le mil et le sorgho, afin d’éviter de dépendre des autres pays pour les semences. Les agriculteurs doivent également être sensibilisés sur les avantages du mil et du sorgho et le Mali doit partager ses ressources génétiques avec d’autres pays, précise-t-il.

Mais suite à plusieurs décennies de négligence des banques génétiques des cultures africaines, les producteurs africains n’ont aujourd’hui pas accès aux variétés semencières des cultures vivrières d’Afrique comme le maïs, le mil et le sorgho, susceptibles d’être les plus utiles aux agriculteurs dans l’adaptation aux changements climatiques.

" Les collections de ressources génétiques rassemblées dans diverses régions qui sont susceptibles de présenter la plus grande diversité sont soit incomplètes soit inexistantes",  regrette Luigi Guarino, coordonnateur scientifique principal du Fonds fiduciaire mondial pour la Diversité des Cultures (Global Crop Diversity Trust) et l’un des co-auteurs de l’étude.

Il propose qu’une collaboration soit instaurée en matière d’approvisionnement et d’utilisation du matériel génétique d’Afrique et d’ailleurs afin de créer de meilleures variétés. " On peut fouiller dans les collections génétiques nationales et, mieux encore, dans les collections internationales pour trouver du matériel végétal potentiellement adapté."

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