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  • Bilan mitigé pour le financement de la R&D agricole africaine

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[LE CAP] D'après une étude, les sommes que les pays d'Afrique sub-saharienne dépensent annuellement pour la recherche et le développement (R&D) agricoles ont augmenté de 20 pour cent entre 2001 et 2008. Toutefois, alors que certains pays ont dépensé plus, d'autres perdent du terrain.

Une source de préoccupations réside dans le fait que les ressources humaines scientifiques africaines soient de moins en moins instruites, la proportion de chercheurs ayant seulement une licence ayant considérablement augmenté au cours des dernières années.

Les résultats apparaissent dans un rapport publié cette semaine (7 avril) par l'Agricultural Science and Technology Indicators (ASTI), une initiative de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.

Ce rapport, intitulé 'African Agricultural R&D in the New Millennium: Progress for Some, Challenges for Many', a examiné les dépenses ayant été consacrées à la R&D dans plus de 300 institutions à travers 32 pays d'Afrique sub-saharienne qui représentent plus de 90 pour cent du produit intérieur brut (GDP) agricole de la région.

Il a constaté que les dépenses annuelles étaient passées de 1,4 milliards de dollars américains (1,0 milliard d'euros) en 2001 à 1,7 milliards (1,3 milliards d'euros) en 2008.

Lors d'une conférence de presse, Gert-Jan Stads, coauteur du rapport et coordinateur du programme pour l'ASTI, a déclaré que cette hausse était encourageante car les dépenses consacrées à la R&D agricoles avaient stagné dans les années 1990. Il a cependant indiqué que la plupart des dépenses supplémentaires avaient été orientées vers les salaires et les équipements et non vers la recherche réelle, en ajoutant qu'elles ne provenaient que de quelques pays seulement.

Le Nigeria, qui vient de prendre la place de l'Afrique du Sud en termes de poids de la recherche agricole sur le continent, représente un tiers de la hausse totale. Il a couvert 23,2 pour cent de la R&D agricole publique totale en Afrique en 2008, contre 9,8 pour cent en 1991. Les autres principaux investisseurs sont l'Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Soudan, la Tanzanie et l'Ouganda.

Cependant, les dépenses ont en réalité diminué dans certains de ces pays. Par exemple, les financements de l'Éthiopie ont diminué de 28 millions de dollars américains (21 millions d'euros) entre 2001 et 2008. De même l'Afrique du Sud a réduit de 12 millions de dollars américains (9 millions d'euros) ses dépenses, et la proportion de ses financements au niveau régional est passée de 19,3 pour cent à 15,6 pour cent.

D'après le rapport, ces baisses sont toutefois moins inquiétantes que les chutes de financements dans les pays les plus pauvres.

Treize pays ont connu une évolution négative des dépenses dans la R&D agricole, sept d'entre eux étant des pays francophones de l'Afrique occidentale et centrale. Parmi ces 13 pays, plusieurs avaient déjà enregistré une évolution négative pendant les années 1990, ce qui en fait, selon le rapport, constitue une "zone principale dʹinquiétude".

Un facteur commun est la fin des projets financés par des bailleurs de fonds. Par exemple, la réduction des financements de la Banque mondiale depuis les années 1990 a eu un impact sur les dépenses faites en Guinée, au Niger, au Sénégal et en Zambie. D'après le rapport, cela soulève des questions sur l'effectivité, sur le long terme, de ce type de financements.

Le vieillissement des professionnels œuvrant dans le domaine scientifique ainsi que la baisse du niveau de qualification parmi les chercheurs, sont également des sources de préoccupations.

En Érythrée, en Éthiopie, en Guinée et au Mozambique, plus de la moitié des chercheurs ont uniquement une licence. La proportion de chercheurs disposant d'une licence en sciences a augmenté de 20 pour cent en Zambie et de huit pour cent au Botswana. Ces hausses "entraînent déjà des opportunités de formation inadaptées et dépasse largement la capacité d'être suivi et encadré par des chercheurs qualifiés".

Selon le rapport, cette 'juniorisation' découle dʹun gel des recrutements suivi par de brèves vagues dʹembauche, d'un manque d'opportunités de formation, et d'un nombre décroissant de titulaires pour encadrer les plus jeunes.

Un vieillissement rapide des chercheurs aggrave le problème, en particulier en Afrique occidentale et centrale. Au Sénégal, près de 90 pour cent des chercheurs en agriculture sont âgés de 40 ans ou plus.

Le rapport préconise de concentrer les investissements dans la R&D autour de trois domaines : augmenter et stabiliser les financements consacrés à la recherche, lever les contraintes liées à la formation et améliorer la coopération régionale.

Selon le rapport, la source principale de financement doit venir des gouvernements, même si le secteur privé et les taxes sur l'exportation pourraient être utiles.

Nienke Beintema, coauteur du rapport et directrice de lʹinitiative ASTI, a cependant indiqué qu'il était également nécessaire de stimuler les efforts réalisés pour communiquer les résultats de la recherche aux agriculteurs. "Le manque d'investissements dans le travail de vulgarisation est [tout] aussi grave, voire plus grave encore, que le manque d'investissements dans la R&D", a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse.

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