Rapprocher la science et le développement

  • Innovation durable : la clé du développement durable

La conférence Rio+20 prévue l'an prochain doit placer l'innovation fondée sur la science au cœur des programmes de développement. Mais la vraie bataille sera d'ordre politique.

Tel un mauvais présage, le sommet des 20 principales économies du monde qui s’est tenu la semaine dernière à Cannes, en France, a été dominé par des discussions sur la crise financière en Europe — éclipsant un débat, que beaucoup avaient espéré, sur l'avenir du développement mondial.

Le principal orateur sur ce dernier sujet a été Bill Gates, le fondateur de Microsoft et de la Fondation Bill et Melinda Gates, qui a saisi l’occasion pour rappeler aux participants que, quelles que soient les difficultés des pays industrialisés du monde, le plus gros problème auquel est confrontée la planète dans son ensemble reste le fossé entre riches et pauvres.

La solution, selon M. Gates, réside dans l’élaboration de nouveaux moyens d'encourager davantage d'innovation technologique, dans des domaines comme la sécurité alimentaire et l'élimination des maladies. En effet, ce n’est qu’en stimulant leurs propres capacités d'innovation, a-t-il soutenu, que les pays pauvres pourront tirer la majorité de leurs populations de la misère noire et des maux sociaux qui l'accompagnent.

C'est un message qui doit être répété aussi souvent que possible. En particulier, l'importance de l'innovation fondée sur la science doit être au cœur des discussions de Rio+20 de juin prochain sur le développement durable. Le développement passe par une innovation efficace, tout comme l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.

Mais l'innovation ne se limite pas aux domaines scientifiques et technologiques. C'est un processus social dans lequel ont un rôle important à jouer des facteurs à la fois économiques, et – en fin de compte -- politiques.

Le véritable défi à relever à Rio sera de trouver les moyens d'exploiter ces forces pour parvenir à un résultat productif par le biais de l'innovation durable, plutôt que de les laisser devenir un obstacle sur lequel les négociations piétinent, comme ce fut le cas au sommet sur le climat qui s’est tenu à Copenhague il y a deux ans.

Complexités sociales

C’est tout à son honneur que Gates semble avoir pris en compte la complexité du défi. A ses débuts, la Fondation Gates a concentré une grande partie de son énergie sur la réalisation de grandes et importantes percées scientifiques et technologiques dans des domaines clés, contenus dans son programme ‘Grand Challenges’.

Certes, ceux-ci ont joué un rôle important dans le rétablissement de l'importance de la science dans les programmes de développement international. Mais ils ont également suscité des critiques car c’est une approche qui suggère que le développement peut être un processus axé sur la science -- une approche ‘magique’ qui ignore la complexité de l’application de la science pour répondre aux besoins sociaux.

Dans son discours à Cannes, M. Gates a eu une vision plus large, en insistant sur la nécessité d'aborder les processus sociaux, de la politique en matière de brevets à la réglementation gouvernementale, à travers lesquelles l'innovation a lieu. C'est en les abordant, a-t-il justement souligné, qu’il sera possible d’assurer un plein apport éventuel de la science au service du développement.

Pourtant, une telle stratégie, à son tour, se heurte aux cadres politiques dans lesquels s’opèrent ces processus sociaux. Et cela soulève une nouvelle question : pour parvenir à un véritable développement mondial, le cadre politique actuel peut-il encourager le type d'inclusion sociale que même Gates reconnaît comme étant nécessaire ?

De faibles attentes

Prenez les changements climatiques, par exemple. Il est ironique qu’au moment-même où de nombreux pays en développement prennent conscience de l'incidence du réchauffement de la planète — en termes de menaces pour leur sécurité alimentaire future, par exemple — des sondages d'opinion publique révèlent que le scepticisme autour d’une urgence d’agir pour le climat est croissant dans le monde développé, notamment (mais pas uniquement) aux Etats-Unis.

Alors que des pays comme le Brésil et la Chine mettent en place des politiques d'adaptation dans leurs stratégies de développement - dont des projets pour faire des technologies vertes une pierre angulaire des industries d'exportation — les négociations internationales visant à s'attaquer aux causes profondes du problème climatique sont dans l'impasse politique, et ce depuis Copenhague.

En conséquence, les attentes sont faibles pour des percées significatives lors du prochain round de négociations, qui devrait s’ouvrir à Durban, en Afrique du Sud, à la fin du mois. Dans le même temps, le monde en développement est confronté à de nombreuses catastrophes liées au climat, des inondations massives en Asie du Sud à la sécheresse en Afrique orientale.

Vers un nouvel ordre mondial ?

Sur toute la ligne, la conférence Rio+20 prévue l'an prochain sera l'occasion de faire le point sur les progrès qui ont - ou n'ont pas – été accomplis au cours des 20 années, depuis le Sommet de la Terre de 1992. Organisé dans la même ville, ce sommet avait inscrit le développement durable dans le programme politique international et abouti à des traités sur les changements climatiques, les polluants persistants, la biodiversité et la désertification.

Mais le tableau n'est pas tout à fait sombre. D'importants progrès scientifiques ont permis l’avènement de nouvelles technologies, des cellules solaires à la surveillance spatiale des catastrophes naturelles, et fait la lumière sur les problèmes auxquels le monde face, tout en offrant des solutions.

A l’heure actuelle, la principale bataille à mener n'est pas tant la production d’une science et d’une technologie encore plus pertinentes, mais plutôt le renforcement des capacités pour l’utilisation à bon escient de ce qui a été produit.

Seuls, les marchés ne sont manifestement pas à la hauteur de cette tâche. Mais défier le marché — en créant une Organisation mondiale de l'environnement ayant une influence égale à celle de l'Organisation mondiale du commerce, par exemple — signifie défier les intérêts de ceux qui en tirent le plus profit.

Comme beaucoup l'ont souligné, la crise économique mondiale actuelle représente une occasion idéale pour relever ce défi de front. Et, au moins en principe, la conférence Rio+20 pourrait être une occasion pour créer un nouvel ordre mondial fondé sur une innovation durable et inclusive.

Il sera intéressant de voir si parmi les principaux pays développés du monde, il y en aura un qui aura le courage de faire en sorte que cela soit inscrit à l'ordre du jour, vu les sacrifices que cela impliquera. Ne retenez pas votre souffle.

David Dickson
Rédacteur en chef, SciDev.Net

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