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Madagascar: les lémuriens menacés d'extinction
  • Madagascar: les lémuriens menacés d'extinction

Crédit image: SciDev.Net/Rivonala Razafison

Lecture rapide

  • Une équipe internationale de chercheurs a révélé, le mois dernier, dans la revue Science, que plus des neuf dixièmes des lémuriens de Madagascar sont menacés d'extinction

  • Ces mammifères sont considérés comme importants pour la conservation de la nature et constituent une attraction touristique majeure pour la Grande île

  • L'étude a déclenché une mobilisation générale à Madagascar, où de nombreuses initiatives sont en cours, pour assurer la survie des primates.

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[ANTANANARIVO] Selon une étude publiée dans la revue Science du 21 février, environ 94 pour cent des lémuriens de Madagascar, qui vivent exclusivement sur l’île depuis 7 à 10 millions d’années, sont aujourd’hui menacés de disparition.

Les dix-neuf primatologues auteurs de l'étude s’appesantissent sur la situation alarmante de ces mammifères, due, entre autres, à la destruction abusive des habitats naturels.

Selon le Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar (GERP), le défi pour assurer leur survie est immense. Jonah Ratsimbazafy, secrétaire général du GERP et co-auteur de l’étude, estime que "la Grande Ile (autre appellation de Madagascar – NDLR) est classée parmi les dix-sept pays mégadivers, considérés comme les plus riches de la planète en matière de diversité biologique.

Le chercheur estime que Madagascar devrait tirer fierté de cette richesse et de cette situation uniques.

"La surface de l'île représente seulement 0,4 pour cent des terres émergées. Pourtant, elle renferme 20 pour cent des primates du monde entier", souligne le primatologue, avant de lancer un vibrant plaidoyer en faveur de ces primates.

"Soyons fiers de nos lémuriens comme l’Australie l’est de ses kangourous, la Chine de ses pandas, Bornéo de ses orangs-outans ou la Nouvelle-Zélande de ses kiwis… jusqu’à en faire leurs emblèmes", déclare Jonah Ratsimbazafy.

Mais la survie de la plupart de ces vertébrés est aujourd'hui menacée, à cause de la destruction de la forêt, de la chasse et de bien d’autres facteurs d’origine humaine et naturelle, comme le changement climatique.

Selon les données de la liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), vingt-quatre des 103 espèces de lémuriens officiellement identifiées jusqu’ici sont en danger critique, contre quarante-neuf déclarées en danger et vingt autres vulnérables.

A titre d'exemple, la famille du lémur sportif, qui vit dans une partie nord du pays, ne compte plus qu'une vingtaine de spécimens vivant dans la nature. Or, la présence des lémuriens est une aubaine pour ce pays, où 92% des habitants sont pauvres, selon un rapport de la Banque mondiale datant de 2013.

"Ils font vivre plusieurs milliers de familles. Grâce à eux, les touristes qui paient pour les agences de voyage, les hôtels et restaurants, les guides, les artisans locaux… viennent chez nous seulement pour les voir, pour la plupart", estime Jonah Ratsimbazafy.

Par ailleurs, en symbiose avec d’autres espèces animales, ces mammifères ont significativement contribué depuis des siècles à l’entretien de la forêt.

La couverture forestière de la Grande Ile était estimée à 92 000 km² en 2010, soit 10 à 20 pour cent des forêts originelles, contre environ 106 000 km² une décennie plus tôt.

L’accélération de la déforestation a été telle que la création de nouvelles aires protégées pour mieux conserver la riche nature du pays s'avère une nécessité urgente.

Selon des données officielles, Madagascar possédait en 2010 quelque 47.000 km² d’aires protégées, soit 8 pour cent de sa surface totale.

Mais la destruction abusive des habitats naturels de l’île, avec les menaces qu'elle fait peser sur sa faune et sa flore, uniques au monde, se poursuit, ce qui a pour conséquence d'accélérer le processus d'extinction des lémuriens.

Festival des lémuriens

Le 21 février dernier, date de la publication de l'étude, a été une occasion pour l’équipe du GERP de révéler son intention de réaliser un méga festival des lémuriens, pour attirer l'attention de l'opinion publique mondiale sur leur situation, dans un contexte où le pays se relève difficilement d'une grave crise politique.

"L’événement réunira enfants, jeunes, adultes, artistes, ONG et touristes. Nous montrerons ainsi au monde que nous sommes contre l’extinction des lémuriens et, de ce fait, Madagascar deviendra la première destination touristique dans l’océan Indien et en Afrique", a déclaré Jonah Ratsimbazafy, lors de la présentation du bilan du projet de conservation des lémuriens du parc naturel de Makira (2005-2013), financé par la Fondation MacArthur.

Le parc de Marika est un massif forestier d’une superficie totale de 372 470 ha, situé au nord-est de l’île et reconnu comme habitat de dix-neuf espèces de lémuriens.

Il abrite près de 50% de la biodiversité du pays et 1% de la biodiversité mondiale, selon le secrétaire général du ministère malgache de l’Environnement et des Forêts (MEF), Pierre Manganirina Randrianarisoa.

Le site priorisé parmi les trente importants sites choisis pour la conservation des lémuriens, dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de conservation (2013-2016) élaborée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), en 2012.

Un montant de 7,6 millions de dollars est requis pour faire aboutir le projet.

"Nous attendons les réactions du régime en place. Il faut reconnaître que la disponibilité du financement dépend aussi du comportement du gouvernement", a confié à SciDev.Net Tovonanahary Rasolofoharivelo, coordonnateur du projet GERP/Makira.

Pour Ratsimbazafy, d’autres espèces de lémuriens encore non découvertes vivent dans les parties peu explorées de la forêt de Madagascar. "Nous poursuivrons les travaux de recherche couplés avec les efforts pour le développement au profit des communautés de base", a-t-il précisé.
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