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  • Le conflit syrien oblige un institut de recherche à déménager

[AMMAN] Avec l'intensification des combats en Syrie, la totalité du personnel international d'un important institut de recherches agricoles basé dans la république arabe a été délocalisée.

Selon un responsable du Centre international de recherches agricoles dans les régions sèches (International Center for Agricultural Research in the Dry Areas, ou ICARDA), l'organisation a transféré de son siège et principale station de recherche dans le nord de la Syrie son personnel international, ses experts, ses installations et une grande partie de son matériel vers d'autres bureaux dans la région, principalement en Jordanie et au Liban.

En avril dernier, SciDev.Net indiquait que le conflit syrien obligeait l'ICARDA à redéployer ses activités dans certaines parties du pays, même si le programme mondial de recherche n'était pas affecté. A mesure que la situation sécuritaire s'est détériorée, l'organisation s'est vu dans l'obligation de prendre des décisions plus drastiques.

Nasri Haddad, coordinateur régional du programme régional pour l'Asie occidentale de l'ICARDA, basé à Amman, en Jordanie explique que"la station principale à Alep, en Syrie, a été pillée, et le centre a perdu des véhicules et des ordinateurs, et même certaines installations de l'unité ovins ont été endommagées".

Lors de la dernière annonce publique sur ce sujet de l'ICARDA, le 6 juillet dernier, l'institut indiquait que son siège a été soumis à de fréquents raids nocturnes par des gangs armés, qui avaient volé véhicules, ordinateurs, machines agricoles et équipements. Heureusement, précisait l'ICARDA, tous les e-mails, les systèmes financiers, les bases de données et la banque de gènes avaient été transférés en toute sécurité.

Selon Haddad, "la banque de gènes n'a subi aucun dégât et le matériel génétique des différentes cultures est sain et sauf". La banque de gènes de l'ICARDA est l'une des plus importantes banques de semences du monde. Le centre a pris des mesures en début d'année pour dupliquer le matériel génétique provenant de sa banque centrale et le déposer dans des banques de gènes dans toutes les régions où il dispose d'une présence, en vue d'en assurer la protection.

L'ICARDA a élaboré un plan à court terme pour faire face aux prochaines saisons de croissance dans les pays vers lesquels les experts ont été délocalisés, explique Haddad. L'institut dispose également d'un plan à moyen terme pour l'avenir, dont l'objectif est d'atténuer l'impact des récentes interruptions qu'ont connu ses activités.

Le siège régional et des bureaux nationaux ont apporté un soutien capital au siège international, en l'aidant à transférer le personnel international vers des bureaux de pays pertinents pour leurs spécialités, ou vers les projets régionaux qu'ils aidaient à mettre en œuvre.

L'ICARDA gère près de 200 projets en dehors de la Syrie. Il dispose de six programmes régionaux auxquels participent plus de cinquante pays en développement au Moyen-Orient et Afrique du Nord, en Afrique sub-saharienne, en Asie, avec de nombreux bureaux nationaux dans ces régions.

Pour Fawzi Al-Sheyab, directeur général du Centre national jordanien pour la recherche et la vulgarisation agricoles, "les projets de recherche en collaboration avec l'ICARDA sont en cours et ne sont pas affectés par la délocalisation de son siège".

Il estime que la délocalisation pourrait même avoir un impact positif sur d'autres bureaux, parmi lesquels le bureau régional jordanien, qui pourraient ainsi tirer profit de l'expertise du personnel international délocalisé.

Une résolution pacifique du conflit restant hors de portée, les Nations Unies rapportent que 235 000 personnes ont été contraintes d'abandonner leurs maisons depuis le début du conflit syrien en mars 2011.

Lien vers le communiqué de l'ICARDA de juillet 2012 [10.5kB]