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  • L'agriculture traditionnelle 'peut sauver les espèces menacées'

Selon les conclusions d’une étude, les techniques agricoles sont capitales pour la protection de certaines espèces d’oiseaux menacés dans le monde en développement, notamment les outardes, les aigrettes et les vautours.

Selon les auteurs du rapport, le pâturage du bétail et les caractéristiques associées aux terres arables, à l’instar des haies, créent les conditions environnementales dont dépendent actuellement certaines espèces d’oiseaux pour leur alimentation, leur refuge et leur reproduction.

Mais d’après Huth Wright, chercheur à la Faculté des sciences environnementales de l’Université d’East Anglia, au Royaume Uni, et auteur principal de cette étude publiée dans Conservation Letters au début de ce mois (5 décembre), à mesure que les méthodes de l’agriculture industrielle font disparaître ces habitats, ces espèces sont menacées d’extinction.

Il n’y a véritablement aucun espoir pour ces espèces si l’agriculture industrielle continue à se développer de façon incontrôlée, déclare-t-il à SciDev.Net.

Bien que la réintroduction ou la reproduction des techniques agricoles pour la conservation de la faune ait été couronnée de succès en Europe, dans les pays en développement, la conservation a toujours mis l’accent sur les écosystèmes des forêts vierges et n’a accordé que peu d’attention aux aspects pour lesquels l’agriculture peut avoir un effet bénéfique, explique Wright. L’étude conclut que 29 espèces sont menacées par le déclin de l’agriculture traditionnelle dans les pays en développement. Ce nombre serait plus élevé si tous les organismes vivants, et pas seulement les oiseaux, étaient pris en compte, comme il a été établi en Europe que l’agriculture traditionnelle est également bénéfique pour les reptiles, les amphibiens, les papillons, voire meme les plantes, affirme-t-il.

Les agriculteurs peuvent bénéficier de la protection de la biodiversité puisque celle-ci participe à la justification du maintien de l’agriculture traditionnelle et peut empêcher la grande agriculture industrielle de chasser les agriculteurs de leurs terres, ajoute-t-il. Par ailleurs, en proposant des incitations économiques aux agriculteurs afin qu’ils poursuivent ces pratiques bénéfiques, les gouvernements peuvent assurer que la conservation et le développement progressent de concert.

Tim Benton, professeur d’écologie des populations à l’Université de Leeds, au Royaume-Uni, reconnaît que les techniques de l’agriculture traditionnelle sont un précieux outil de conservation, mais il ajoute que l’adoption de techniques ciblant quelques espèces emblématiques peut être défavorable les agriculteurs.

La pratique de l’agriculture extensive en lieu et place des méthodes industrielles met souvent les moyens de survie en conflit avec la conservation, et peut freiner le développement d’une région, explique-t-il.

Selon lui, a contrario, l’économie de terres (land sparing), une pratique consistant à cultiver certaines surfaces de façon intensive tandis que d’autres sont préservées pour des besoins de conservation, peut accroître le nombre d’espèces de la faune et améliorer les rendements des cultures.

Il n’existe pas de stratégie unique, mais ‘un juste milieu’, combinant le land sparing et les techniques de l’agriculture traditionnelle pour tenir compte des conditions locales, serait la meilleure stratégie de conservation, poursuit-il.

Wright reconnaît qu’une approchée mixte peut permettre d’accroître la biodiversité. « il faut évaluer le nombre d’espèces,, la faisabilité de leur protection, le coût de cette initiative, ainsi que les questions sociales avant de trouver une stratégie de conservation adaptée à une zone explique-t-il.

Lien vers le résumé dans Conservation Letters