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Maintenir des lémuriens en captivité ne fait pas l'unanimité
  • Croisade contre l’élevage en captivité des lémuriens à Madagascar

Maintenir des lémuriens en captivité ne fait pas l'unanimité
Crédit image: SciDev.Net / Rivonala Razafison

Lecture rapide

  • L’élevage en captivité des lémuriens tend à croître à Madagascar

  • La pratique est dangereuse pour la survie de ces animaux emblématiques du pays

  • Ces primates jouent un grand rôle dans la biodiversité et l’écotourisme sur l’Île

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[ANTANANARIVO] Avec l’appui financier du National Geographic Conservation Trust et du Primate Action Fund de Margot Marsh Biodiversity Foundation, des chercheurs partent en croisade contre l’élevage en captivité des lémuriens.
 
En 2013, plus de 28 000 spécimens de ces espèces existant uniquement à Madagascar, étaient gardés, de façon illégale, comme animaux domestiques ou de compagnie auprès de particuliers et d’établissements privés.
 
Cet effectif représentant le tiers de la population totale de ces animaux emblématiques du pays est encore considéré en deçà de la réalité.
 
"Beaucoup de données sur la situation sur le terrain ne sont pas encore disponibles", indique la biologiste Kim Reuter.

“Outre les conséquences néfastes comme la transmission de maladies aux hommes, les animaux sauvages retirés de leur habitat originel peuvent mourir au bout de six mois de domestication”

Kim Reuter
Biologiste

 
Avec ses pairs du Groupe d’étude et de recherche sur les primates (GERP, Madagascar) et du Lemur Love aux Etats-Unis, la scientifique mène une campagne dénommée Pet Lemur Survey, invitant à laisser ces arboricoles vivre dans la nature.
 
Car, dit-elle, le fait de les extraire de leur milieu naturel (la forêt) menace d’accélérer leur disparition.
 
"Cent-sept espèces sont connues jusqu’ici. Pourtant, plus de 90 % d’entre elles sont déclarées gravement menacées et il n’y a plus que moins de 10 000 individus vivant dans la nature", notent les chercheurs dans un document.
 
"Outre les conséquences néfastes comme la transmission de maladies aux hommes, les animaux sauvages retirés de leur habitat originel peuvent mourir au bout de six mois de domestication", avertit Kim Reuter.
 
"Ils souffrent ou meurent durant leur captivité et n’arrivent pas à se défendre ou à trouver leur nourriture naturelle par eux-mêmes", renchérit Seheno Andriantsaralaza, coordinatrice scientifique du Lemur Center Rescue à Ifaty Toliara.
 
Créé en 2011 par l’ONG Reniala, ce premier centre de soin et de réhabilitation des makis (une espèce de lémurien vivant dans le sud de la Grande Île) sert de zone de transition et de plateforme de réadaptation pour les individus domestiqués illégalement avant leur réintroduction dans leur milieu naturel.
 
"Le projet de réintroduction demande des ressources assez conséquentes et un suivi très strict avant, pendant et après l’opération, en étroite collaboration avec l’Etat et les communautés", insiste l’experte.

Pollinisateurs
 
L’extinction des lémuriens serait une perte énorme non seulement pour Madagascar mais aussi pour la planète.
 
"Notre île qui représente 0,4 % des terres émergées et 2 % de l’Afrique abrite 5 % de la biodiversité mondiale comprenant 20 % des espèces de primates du monde", rappelle le primatologue Jonah Ratsimbazafy, secrétaire général du GERP.
 
Ces mammifères entretiennent nos forêts par leurs habitudes consistant, entre autres, à disperser les graines forestières.
 
Ils sont aussi des pollinisateurs par excellence des arbres, notamment les espèces autochtones utilisées par la médecine traditionnelle.
 
Leur rôle dans l’écotourisme sur l’île est aussi vital : "les touristes cesseront de mettre le cap sur Madagascar si jamais ces arboricoles disparaissaient. Bon nombre de visiteurs internationaux viennent chez nous pour voir ces animaux dans la forêt", martèle Sahondra Rabesihanaka de la direction de la Valorisation de la faune et de la flore.
 
Cette dernière rappelle que la législation malgache reste très stricte quant à la sauvegarde des lémuriens.

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