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L’Afrique centrale ne peut se passer de la viande de brousse
  • L’Afrique centrale ne peut se passer de la viande de brousse

Crédit image: Flickr / Juju Films

Lecture rapide

  • La viande de brousse représente près de 80% de l’apport en protéines dans la région

  • Interdire la viande de brousse est préjudiciable pour la santé et la conservation

  • Il y a peu de risque d’attraper Ebola en mangeant de la viande de brousse

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A l'occasion de la 53ème réunion annuelle de l’Association pour la biologie tropicale et la conservation (ATBC), le mois dernier à Montpellier (France), un expert international en écologie a soutenu que la viande de brousse est une source de protéines essentielle à la sécurité alimentaire de nombreux habitants des régions tropicales.
 
Selon Robert Nasi, directeur général adjoint du Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR), "il n’y a quasiment aucun risque d’attraper Ebola en mangeant de la viande de brousse. Ebola s’attrape par contact des fluides d’un animal contaminé, pas avec la viande cuite ; car le virus est détruit." 
 

“Il n’y a quasiment aucun risque d’attraper Ebola en mangeant de la viande de brousse. Ebola s’attrape par contact des fluides d’un animal contaminé, pas avec la viande cuite ; car le virus est détruit”

Robert Nasi
Directeur général adjoint, CIFOR

 
Un propos conforté par la rareté des cas de contamination avec Ebola dans le bassin du Congo, alors que 5 à 6 millions de tonnes de viande de brousse y sont extraites chaque année, soit à peu près l’équivalent de la production annuelle bovine du Brésil.
 
"Le risque sanitaire principal avec la viande de brousse est la contamination par des parasites, comme avec n’importe quelle autre viande", assure le scientifique.
 
"Qui plus est, si les gens n’ont pas accès à cette source de nourriture qu’est la viande sauvage, il y a un risque véritable de santé publique : de malnutrition, de rachitisme et d’anémie", pointe Robert Nasi.
 
En Afrique centrale, la viande de brousse représente en effet près de 80% de l’apport en protéines des populations.
 
Pour autant, la chasse de certaines espèces, considérées comme un produit de luxe par l’élite urbaine et recherchées pour leurs propriétés magiques et médicinales, met en péril la diversité biologique et perturbe les écosystèmes.
 
Plans d’action
 
Si l’Angola a décidé en juin dernier d’interdire totalement la vente de la viande de brousse pour lutter contre le braconnage, la République démocratique du Congo (RDC), le Cameroun et le Gabon, en revanche, agissent autrement.
 
Ils tentent d’élaborer des plans d’action nationaux pour réguler le prélèvement de cette ressource à travers une gestion participative de la forêt et le développement d’un système de suivi de la filière viande de brousse.
 
En particulier, dans la perspective d’atténuer les Conflits homme-faune (CHF), la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), en collaboration avec le CIRAD, a lancé un projet utilisant l’application KoBoCollect sur Smartphone pour mesurer la pression exercée par la chasse et recenser les conflits liés à la vie sauvage.
 
C’est un outil permettant de collecter des données à moindre coût. Les tests lancés sur le terrain pendant 9 mois, d’avril à décembre 2015, ont vu la remontée de plus de 300 soumissions électroniques par des chasseurs au Congo, au Gabon et au Cameroun.
 
Pour le CIFOR, interdire la chasse et la vente de la viande de brousse est inefficace. Le Centre plaide au contraire pour une consommation raisonnée en zone rurale, qui épargne les espèces menacées comme les chimpanzés, les gorilles, les éléphants pour se concentrer sur la chasse des petits céphalophes (petites antilopes) et des porcs-épics.
 
Solution facile
 
En ville, la consommation de viande peut être satisfaite par des animaux d’élevage. Sauf que "cela varie d’un pays à l’autre", souligne Shongo Mutambwe, professeur à la faculté d’agronomie et d’environnement de Kinshasa.
 
"Le Gabon, par exemple, peut se permettre de manger de la viande de brousse, excepté les espèces interdites ; car la densité de la population y est très faible. On trouve encore beaucoup d’espèces et en quantité suffisante", dit-il.
 
Et il poursuit : "Par contre en RDC, cela dépend des provinces. Autour de l’équateur, dans la province du Kasaï, peu peuplée, la pression sur la ressource est supportable. Mais autour de Kinshasa, on ne trouve presque plus rien. Il y a une explosion de la population; les gens ont besoin de protéines animales et la solution la plus facile est la viande de brousse. Là, clairement, la biodiversité est en danger."
 
Dans le nord-est de la RDC, dans la réserve de faune à okapis, notamment, le braconnage est très pratiqué par les populations Pygmées.
 
"Pour éviter le braconnage, il faudrait pouvoir développer d’autres alternatives, comme la pisciculture, qui procure des protéines", ajoute le professeur Mutambwe.
 
Mais pour l’heure, les populations rechignent à se tourner vers la pêche, une activité perçue comme imposée de l’extérieur.

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