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  • 'Il faut protéger' les mers d'Afrique de l'Ouest et des Caraïbes

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[ACCRA/MONTEVIDEO] Davantage de recherche et de meilleures politiques sont nécessaires pour protéger les mers les plus vulnérables de la planète, au large de la côte de l'Afrique occidentale et dans les Caraïbes, selon certains experts.

Les deux régions abritent quelques-unes des mers les plus insalubres du monde, selon un nouvel index qui a évalué la santé des océans et les avantages d’une mer en bonne santé pour les moyens de subsistance des populations côtières. La méthodologie de l’index a été publiée dans la revue Nature le 15 août dernier.

L'index classe les océans suivant dix catégories ou 'objectifs', parmi lesquels la propreté de l’eau, la contribution aux moyens de subsistance et aux économies côtiers, et l'approvisionnement en nourriture. Sont également évalues l'état de la protection côtière et de la biodiversité, le potentiel des mers pour la pêche artisanale, le stockage du carbone, et le tourisme, ainsi que la fourniture de produits naturels.

L'étude a examiné l'état général de 171 zones économiques exclusives (ZEE), des 'zones maritimes' visées par règlement de l'ONU s’étendant sur 200 miles au large des côtes, sur lesquelles les Etats ont des droits d'exploration et d'utilisation des ressources.

La Sierra Leone occupe le dernier rang, derrière le Libéria, la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire et la Guinée-Bissau ; le Nicaragua, Haïti, la Dominique, le Salvador et le Honduras figurent parmi les 25 derniers.

Ben Halpern, l’auteur principal de l'étude et directeur du Centre d’évaluation du milieu marin et de la planification, aux Etats-Unis, explique que les pays ouest-africains "pourraient considérablement améliorer la santé globale des océans en améliorant chacun des objectifs".

Des scientifiques ouest-africains affirment que des investissements dans la recherche liée au milieu marin et la reconstitution des stocks de poissons pourraient contribuer à améliorer la santé des mers. 

Pour Elvis Nyarko, le chef du département des sciences océaniques et halieutiques à l'Université du Ghana, les pays ouest-africains ne respectent pas dans les faits la recherche scientifique. La région a besoin de davantage de "financement pour la recherche relative au milieu marin [...] de sorte que plus  d’informations puissent être recueillies pour mieux gérer le système côtier".

Nyarko ajoute que les pays devraient adopter des pratiques de gestion intégrée des zones côtières (GIZC), en poursuivant une approche de la gestion côtière qui intègre différents considérations et acteurs -- dont la flotte, les pêcheurs et les chercheurs -- pour rendre la gestion côtière plus durable.

Une mauvaise élimination des déchets ménagers et industriels dégrade la mer en Afrique de l'Ouest, et les connaissances locales des risques associés doivent s’améliorer considérablement, s’inquiète Nyarko.

Edward Obodai, un maître de conférences à l'Université de Cape Coast, au Ghana, suggère que les gouvernements ouest-africains financent la recherche et les programmes liés au domaine maritime pour l'éducation des pêcheurs.

Selon lui, un forum à l’intention des parties prenantes -- réunissant des universités, des commissions de pêche, des chercheurs et des pêcheurs - pourrait aider à définir les questions clés et les actions nécessaires pour la protection à long terme des océans.

Quant aux Caraïbes, des experts soutiennent qu’il manque à leur région une recherche océanographique appropriée ou la mise en œuvre d’une politique environnementale.

D’après Alida Spadafora, la directrice exécutive de l'Association nationale pour la conservation de la nature (ANCON), au Panama, "presque toutes les pays [des Caraïbes] disposent de réglementations relatives à la conservation des zones marines et côtières, mais [elles] ne sont pas appliquées. Ces règlementations doivent être revues, et [les gouvernements] doivent veiller à l'inclusion des aspects environnementaux  et des changements climatiques dans les projets de développement".

Spadafora attribue le mauvais classement des Caraïbes au tourisme, affirmant que le phénomène avait "conduit à la pollution et la perturbation des écosystèmes marins, en particulier les plus vulnérables, comme les récifs coralliens abritant des stocks de poissons économiquement importants".

Elle note toutefois que les ouragans et les tempêtes sont également responsables d’"énormes" dégâts causés aux récifs et aux écosystèmes marins des Caraïbes.

Jorges Cortés Núñez, chercheur auprès du Centre de recherche en sciences océanographiques et en limnologie, au Costa Rica, attribue la mauvaise performance de la région à des facteurs comme la pollution de l'eau, la croissance démographique, la surexploitation des ressources marines, et le manque de recherche scientifique.

La région "doit [...] adopter une vision à long terme pour gérer les environnements et les ressources marins", affirme-t-il.

Le 7 septembre dernier, l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature a publié un rapport indiquant que des mesures urgentes, comme la limitation de la pollution et la réglementation de la pêche, doivent être prises en vue de protéger les récifs de plus en plus vulnérables de la région.

Lien vers l’article complet dans Nature

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