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Cybercriminalité: Faits et Chiffres
  • Cybercriminalité: Faits et Chiffres

Crédit image: Zhudifeng

Lecture rapide

  • L’Afrique enregistre des centaines de millions de cyberattaques par an

  • Les banques et les administrations sont de plus en plus ciblées par les hackeurs

  • L’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya payent un lourd tribut au fléau

Shares

Selon une estimation généralement acceptée, la cybercriminalité coûte à l'économie mondiale la somme de US$ 500 milliards, soit plus que le Produit Intérieur Brut de l'Afrique du Sud (350.6 milliards de dollars) et un peu moins que celui du Nigeria (521.8 milliards de dollars), la première économie du continent.
 
Ce dernier paie un lourd tribut au fléau: selon des estimations, la cybercriminalité coûte à l'économie nigériane la somme de US$500 millions - environ 300 milliards de Francs CFA.
 
Il est important de noter que le terme de cybercriminalité englobe l'ensemble des crimes commis sur Internet ou au moyen de réseaux et autres outils informatiques .
 
Il va de soi que le phénomène dépasse de loin les arnaques ordinaires perpétrées au moyen d'e-mails - la fameuse arnaque "419" originaire du Nigeria.
 
Parallèlement à cette forme de criminalité qu'on rangerait volontiers au rayon des menus fretins, se développent, à échelle industrielle, une kyrielle d'activités recourant à des moyens ultrasophistiqués.
 
Dans cet article, nous nous efforcerons de vous présenter les différentes formes de cybercriminalité, les caractéristiques de leur champ d'action, ainsi que les données disponibles y afférentes. 

Données générales
Données démographiques générales et estimation de l'interconnexion de la planète.
Un monde interconnecté
Population mondiale
7,345 milliards (1)
Nombre d'internautes
à l'échelle mondiale:
3,2 milliards (UIT) (2)
Nombre d'internautes africains    
330,9 millions (3)     
Nombre d'appareils mobiles dans le monde
7 milliards (UIT) (4)
Pénétration Internet en Europe
70% (5)
Pénétration Internet en Afrique
28,6% (6)
Nombre de cyberattaques neutralisées
par Kaspersky en Afrique au
premier trimestre 2014
49 millions (7)
Nombre d'utilisateurs actifs de Facebook par mois
1,65 milliard (8)
Nombre mensuel de recherches sur Google
100 milliards (9)
Nombre de tweets publiés par jour
500 millions (10)
Pourcentage d'employés se connectant à
des réseaux wifi non sécurisés à l'aide de
leurs smartphones
 51% (11)
Nombre d'e-mails échangés par jour 
215 milliards (12)
     
Avec le développement fulgurant de l'économie numérique, arrive un défi d'une ampleur exceptionnelle, au regard des enjeux économiques et stratégiques associés: la cybercriminalité.
 
Selon l'unité de lutte contre la criminalité numérique de Microsoft (DCU), "il y a près de 400 millions de victimes de la cybercriminalité chaque année et le fléau coûte aux consommateurs 113 milliards de dollars par an. L'Inde, suivie du Pakistan, de l'Egypte, du Brésil, de l'Algérie et du Mexique, a le plus grand nombre de machines infectées impliquant des logiciels malveillants développés hors d'Europe de l'Est." (13)
 
Un coût élevé

Stats1
 
Microsoft estime en outre qu'en 2014, environ la moitié des adultes connectés ont été victimes de la cybercriminalité, un phénomène qui coûte 500 milliards de dollars à l'économie mondiale; enfin, 20% des Petites et moyennes entreprises (PME) ont été touchées. 
 
Ces estimations sont du reste confirmées par BofA Merrill Lynch Global Research, qui prédit par ailleurs dans un rapport datant de 2015 un potentiel "Cybergeddon" en 2020, où la cybercriminalité pourrait extraire jusqu'à un cinquième de la valeur créée par l'Internet. 
           
Pour ce qui est du continent africain, les données sont plus rares, ce qui souligne l'absence d'instruments de mesure et de contrôle de la cybercriminalité.

“En 2011, des institutions financières au Kenya, au Rwanda, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie ont enregistré des pertes de l'ordre de 245 millions de dollars attribuables à la cyber-fraude”

Deloitte

Toutefois, à titre illustratif, une étude de l'International Data Group Connect estime que chaque année, les cybercrimes coûtent à l'économie sud-africaine 573 millions de dollars et 36 millions de dollars à l'économie kenyane (14); une autre estimation, concernant le Nigeria, fait état de 500 millions de dollars de pertes subies annuellement par l'économie de ce pays.
 
A l'échelle de pays à revenus intermédiaires comme ceux cités au paragraphe précédent, cela représente sans doute des sommes faramineuses.
 
Une autre enquête, menée par Deloitte et datant de 2011, a révélé que des institutions financières duu Kenya, du Rwanda, de l'Ouganda, de la Tanzanie et de la Zambie ont enregistré des pertes de l'ordre de 245 millions de dollars attribuables à la cyber-fraude. (15)
 
Enfin, plusieurs banques commerciales zambiennes ont été spoliées de plus de quatre millions de dollars au premier semestre de 2013, à la suite de diverses collaborations sophistiquées en matière de cybercriminalité entre des citoyens zambiens et des ressortissants étrangers. (16)
 
Afrique francophone
 
Pour ce qui est de l'Afrique francophone, le phénomène est surtout présent dans les principales économies régionales.
Ainsi, en 2013, le coût estimé de la cybercriminalité était de 26 milliards de FCFA (environ 23 millions d’euros) en Côte d’Ivoire, tandis qu'au Sénégal, il était d’environ 15 milliards de FCFA (22 millions d’euros).
 
Lors d'un forum international sur la cybercriminalité, organisé au mois de mars 2016 à Dakar, Charles Kouamé, chargé de la gouvernance à l’Autorité ivoirienne de régulation des télécommunications, a relevé que 1 409 plaintes ont été instruites par la justice ivoirienne l’an dernier. Selon lui, "le volume global des escroqueries sur le Web aurait commencé à refluer dans ce pays, passant de 5,8 milliards de francs CFA en 2014 (8,9 millions d’euros) à 4 milliards de francs CFA (6,1 millions d’euros) en 2015.
 
Ces données montrent l'ampleur du phénomène, dans une région du monde qui connaît une croissance exponentielle, nourrie par la hausse des prix des matières premières et le boom technologique, avec à la clé une augmentation des revenus des classes moyennes. A défaut de s'équiper en matériel informatique classique - ordinateurs, imprimantes, routeurs, etc.), celles-ci peuvent désormais se connecter à l'Internet grâce aux smartphones, dont les prix ont parallèlement connu une baisse conséquente au cours de la dernière décennie.
 
Ainsi, en 2013, 311 millions d'utilisateurs de téléphones portables avaient été recensés pour le seul compte de l'Afrique sub-saharienne (soit un taux de pénétration de 36%) et ce chiffre devrait être porté à 504 millions en 2020 (49% de pénétration.) (17)
 
Pour sa part, l'Union internationale des télécommunications (UIT) estime qu'un Africain sur cinq utilise aujourd'hui l'Internet. (18)
 
Piraterie
 
Le fort taux de connexion à l'Internet s'accompagne malheureusement d'une forte activité de piraterie.
 
Compte tenu des corrélations évidentes entre la piraterie de logiciels et les activités cybercriminelles, le vecteur principal de la cybercriminalité reste précisément les machines infectées, nourries par la prolifération des logiciels piratés.
 
En 2013, une étude de l'IDC (International Data Corporation), The dangerous world of counterfeit and pirated software, commandée par Microsoft, estimait que 33% des logiciels dans le monde étaient contrefaits et évaluait le coût global de la contrefaçon à 114 milliards de dollars. 
 
En Afrique, 12 pays arrivent en tête au classement du parc informatique le plus infecté : Libye (98%), Zimbabwe (92%), Algérie (84%), Cameroun (83%), Nigeria (82%), Zambie (82%), Côte d'Ivoire (81%), Kenya (78%), Sénégal (78%), Tunisie (74%), Maroc (66%) et Maurice (57%). (19)
 
Une étude précédente de BSA menée en 2011, estimait quant à elle à 58% la proportion des logiciels piratés dans l'ensemble de l'Afrique et du Moyen-Orient. 
 
Pour le seul compte du marché kenyan, Microsoft estime à 78% la proportion de logiciels piratés, pour une valeur commerciale de 12 milliards de shillings kenyans - environ 120 millions de dollars. 
 
La plupart de ces logiciels se retrouvent sur les marchés africains, à cause des coûts élevés de l'achat de versions originales.
 
Dans la plupart des pays francophones, les ordinateurs "neufs" sont proposés en deux options: "free dos" (sans système d'exploitation) et la plupart du temps, une option comportant des systèmes d'exploitation piratés.
 
C'est notamment le cas au Sénégal, où la norme est d'acheter des ordinateurs neufs avec des systèmes d'exploitation piratés.
 
Il va de soi que les logiciels contrefaits sont sujets à des modifications de code, avec l'introduction de lignes de code malveillantes et de chevaux de Troie, exposant la plupart des machines aux activités des réseaux cybercriminels.
 
Résultat des courses: le continent africain est devenu un repaire de cybercriminels de tous crins, qu'il s'agisse de spécialistes de larcins dans le style 419 - référence à l'article du Code pénal nigérian pénalisant la lutte contre la fraude et détaillant les amendes et les pénalités pour les contrevenants - ou de criminels à plus grande échelle, utilisant des réseaux complexes. 
 
De fait, selon une nouvelle estimation de Kaspersky, datant de 2015, trois pays africains figurent dans le Top 20 mondial des pays avec le plus fort taux d'infections aux programmes malicieux: la Somalie (6e), l'Algérie (14e) et le Rwanda (16e). (20)
                           
Attaques
 
Dans un autre rapport, la firme Kaspersky affirme que plus de 49 millions de cyberattaques ont eu lieu sur le continent au cours du premier trimestre de 2014, la plupart ayant eu pour théâtre l'Algérie, l'Egypte, l'Afrique du Sud et le Kenya. 
 
 
McAfee, une autre entreprise spécialisée dans la cybersécurité, a indiqué que la cybercriminalité a coûté aux sociétés sud-africaines plus de 500 millions de dollars en 2014.
 
Toutes ces données montrent le degré d'exposition des pays africains à la cybercriminalité, comparativement aux autres économies du monde.
 
Autre fait notable: La connectivité à l'Internet et à la téléphonie mobile donne des possibilités sans précédent pour la diffusion et le partage de données. 
 
Menaces financières mobiles
 
Dans son Bulletin annuel de Statistiques globales pour 2015, Kaspersky met en évidence une nouvelle tendance: pour la première fois, les menaces financières mobiles se classent parmi les dix premiers programmes malveillants conçus pour voler de l'argent. Deux familles de chevaux de Troie bancaires mobiles - Faketoken et Marcher - ont été inclues dans le top 10 des chevaux de Troie bancaires en 2015. Une autre tendance remarquable et alarmante pour l'année est la propagation rapide de ransomware - rançongiciel. Kaspersky en a détecté dans 200 pays et territoires en 2015.
 
Le continent africain, qui connaît une explosion du marché de la bancarisation mobile, est particulièrement vulnérable à cette évolution.
 
Les revenus issus de la téléphonie mobile représentent 3,7% du PIB sur le continent africain, soit le triple de ceux des économies développées.

“La cybercriminalité fait perdre à l'Afrique du Sud un milliard de rands (environ 64 millions de dollars) chaque année; près de la moitié de ces pertes concernant les fraudes sur les cartes bancaires.”

Sabric

 
Les terminaux smartphones sont de plus en plus répandus, ce qui permet la mise en place de services à davantage de personnes de tous les secteurs, dont la banque, le commerce de détail, le transport, la santé et l'éducation.
 
Dans ce contexte, la cybercriminalité prend de l’ampleur.
 
Les données sont éparses, mais l'Afrique du Sud est sans doute la première cible sur le continent africain, en raison de son niveau élevé de connectivité, de richesses et de PIB par habitant. Selon le rapport 2014 du Center for Strategic and International Studies sur la cybercriminalité (NET LOSSES: ESTIMATING THE GLOBAL COST OF CYBERCRIME), l'Afrique du Sud perd annuellement 0,14% de son PIB, du fait de la cybercriminalité. (21)
 
Selon le cabinet sud-africain d'information sur le risque bancaire (The South African Banking Risk Information Centre, Sabric), la cybercriminalité fait perdre au pays plusieurs milliards de rands chaque année; près de la moitié de ces pertes concernant les fraudes sur les cartes bancaires.
 
Ces chiffres sont confirmés par l'Internet Crime Report 2014, publié par le FBI. Le classement des cas de cybercrime selon la nationalité des plaignants mentionne trois pays africains parmi les 50 premiers impliqués : ce sont l'Afrique du Sud en 11e position (434 plaintes), le Nigeria, 24e (215) et l'Egypte, 45e (95). Sur la base des dommages subis, les plaignants sud-africains viennent également en tête avec 6,5 millions de dollars contre 2,9 millions pour le Nigeria et 523.000 dollars pour l'Egypte. (22)
 
En revanche, dans un pays francophone comme la Côte d'Ivoire, la Direction de l'informatique et des traces technologiques estime qu’entre 2014 et 2015 les activités de cybercriminalité telles que l'arnaque aux sentiments et la spoliation de comptes e-mail sont en recul, au profit d'infractions plus techniques telles que le détournement de transferts d'argent  (+207,7%) et les fraudes sur paiement par téléphone mobile (+74,4 %).
 
L'émergence de ces infractions liées aux paiements par téléphone est favorisée par l'usage généralisé de nouveaux services de paiement par mobile. On note une hausse du nombre d'affaires enregistrées pendant les vacances scolaires entre les mois de juillet et septembre : pour la DITT, cela s'explique par le nombre important des cyber-délinquants encore élèves ou étudiants.
 
Simbox
 
En Côte d’Ivoire, la fraude sur simbox, qui consiste en un contournement des canaux normaux de télécommunications à l'international, a coûté près de 926 millions de Francs CFA en 2014. Cette technique frauduleuse transforme des appels internationaux en appel local et cause d'énormes préjudices aux opérateurs de téléphonie.
 
Au Kenya, les trois méthodes les plus utilisées par les cyber-criminels en 2012 étaient les enregistreurs de frappe (logiciel espion), le vol de mots de passe et le piratage de distributeur automatique. Mais en 2015, ce sont les ransomwares (logiciels malveillants qui prennent en otage des données personnelles), la manipulation des transactions de base de données et l'ingénierie sociale (forme d'acquisition déloyale d'information et d'escroquerie, utilisée en informatique pour obtenir un bien ou un service) qui prennent le dessus.
 
Par ailleurs, le profil des délinquants virtuels a changé.
 
Le "Kenya cyber security report 2015" fait remarquer qu'en 2012, les cybercriminels étaient par nature des opportunistes ou des passionnés cherchant à impressionner, mais ils sont désormais devenus des professionnels aguerris ayant des objectifs bien précis à travers leurs attaques.
 
Au Sénégal, peu de données sont disponibles mais le cas le plus significatif est celui du site de transfert de fonds Jonijoni qui a été piraté en janvier dernier pendant plusieurs heures.
 
Les auteurs, qui se présentaient comme des nationaux, souhaitaient attirer l'attention sur la sécurité. L'adresse conduisait vers une page noire avec un texte des deux auteurs de l'attaque. On pouvait y lire notamment que "la sécurité informatique est malheureusement négligée dans notre cher pays. Nous revoilà pour vous rappeler l'importance de cette dernière. Précision : on vous épargne vos données pour cette fois".
 
Une enquête menée au Kenya en 2015 montre que moins de 5% des organisations interrogées se sont dotées d'outils de gestion de la sécurité des bases de données. Plus de 73% des personnes victimes de cybercriminalité ne portant pas plainte alors que 13% parmi elles ignorent à qui signaler ces attaques. C’est le secteur public qui fait face au risque de cyber-sécurité le plus élevé, devant le secteur bancaire et les services financiers (y compris la monnaie électronique). Cela s'explique par "l'automatisation continue des services administratifs, la centralisation des systèmes, le faible investissement dans la sécurité de l'information, le manque de processus clairement définis et partagés par tous les acteurs", peut-on lire dans le "Kenya cyber security report 2015".
 
Des médias est-africains ont révélé en juillet 2015 que des hackers, en complicité avec des fonctionnaires, ont tenté par quatre fois de prélever 24 millions de dollars des coffres de la banque centrale ougandaise, en ciblant les comptes des ministères les plus dotés par le budget national.
 
Plus récemment, le groupe Anonymous a annoncé avoir mené une cyberattaque et mis la main sur un téraoctet de données provenant du ministère kényan des affaires étrangères pour "dénoncer la corruption des pouvoirs publics et privés dans ce pays".
 
Les autorités kényanes minimisent la fuite en estimant qu’il n’y avait pas de documents sensibles. Mais l’incident illustre un autre aspect des risques de cybercriminalité pour ce pays, ainsi que tous les autres pays africains.
 
Même quand le cadre juridique est mis en place, la lutte contre la cybercriminalité rencontre d’autres difficultés.
 
En Côte d’Ivoire, la collaboration est ardue entre le laboratoire de criminalistique numérique, chargé d'accompagner les services de police, et les opérateurs de téléphonie.
 
En 2014, les opérateurs ont répondu à moins de 50% des réquisitions sur numéros de téléphonie mobile. De nombreuses réquisitions sont traitées de façon partielle. Pour une même réquisition, des résultats ne sont fournis que pour certains numéros de la réquisition. Même pour les demandes satisfaites, les délais de réponse sont très souvent longs, les résultats n'arrivant qu'à un moment où ils ne sont plus utiles à l'enquêteur.
 
Le mobile: opportunités et menaces
 
Le secteur de la téléphonie mobile est en pleine expansion en Afrique, comme en témoigne l'engouement suscité aussi bien par les communications vocales que les échanges de données sur le continent.
 
Ci-après les chiffres les plus récents publiés par GSMA:
 
Abonnés mobiles uniques
2013: 311 millions (Taux de pénétration de 36%)
2020: 504 millions (Taux de pénétration de 49%)
 
Connexions
2013: 564 millions (Taux de pénétration de 65%)
2020: 947 millions (Taux de pénétration de 91%)
 
Les connexions 3G devraient augmenter de 15% en 2013 à 52% en 2020
(525 millions de smartphones en 2020 contre 72 millions fin 2013)
 
Emplois directement portés par l'écosystème mobile
 
2013: 2.4 millions
2020: 3.5 millions
 
(3.7 millions d'emplois indirects créés en 2013)
 
En ce qui concerne les dangers du cybercrime dans ce secteur, les statistiques homogènes sont rares pour ce qui est de l'ensemble du continent africain, mais à l'échelle mondiale, Kaspersky note une menace grandissante :
 
- 884,774 nouveaux programmes malveillants ont été détectés par Kaspersky Lab, soit une multiplication par trois sur 2014 (295, 539).
- Le nombre de nouveaux chevaux de Troie bancaires mobiles a diminué, se stabilisant à 7, 030 contre 16, 586 en 2014.
- 94,344 utilisateurs uniques ont été attaqués par ransomware mobile, une multiplication par cinq sur 2014 (18, 478). (23)
 
Ces chiffres montrent une menace imminente sur le continent africain, qui connaît la plus forte croissance du secteur de la téléphonie mobile, à l'échelle mondiale.
 
Cyber-terrorisme en Afrique
 
S'ils sont dépourvus de moyens aussi redoutables que leurs homologues d'autres contrées du monde, les cyber-terroristes africains, n'en sont pas moins nocifs.
 
Ces dernières années, quelques groupes de terroristes ont commencé à se manifester à une échelle supranationale.
 
Les plus réguliers dans l'actualité sont:
 
Le Collectif Anonymous
 
Anonymous est une dénomination générique de plusieurs groupes internationaux sans structure de commandement unifiée militant sur l’Internet pour la défense de causes touchant, entre autres, à la justice, à la politique, à la religion.
 
Ils sont connus pour leurs attaques DDoS - Distributed Denial of Service, Dénis de service -, par lesquelles ils rendent des sites entiers inopérants en inondant leurs serveurs d’attaques concertées qu’ils ne peuvent pas gérer.
 
On les reconnait généralement en public à leurs visages recouverts du masque de Guy Fawkes.
 
Ils se sont fait remarquer par une série d’actions d’envergure, notamment à l’encontre du système organisé de droits d’auteur en matière de distribution d’oeuvres artistiques en ligne; ils ont également pris fait et cause pour le site WikiLeaks et le mouvement Occupy Wall Street.
 
Les membres du mouvement, ou Anons, se sont aussi illustrés par des attaques contre des agences gouvernementales aux Etats-Unis, en Israël, au Sénégal, en Tunisie, en Ouganda, etc.
 
Au Sénégal, c'est à travers des actions d'éclat ciblées que le groupe s'est fait remarquer.
 
Ainsi, début 2015, ce sont les sites de l’Agence de l’Informatique de l’Etat (ADIE) et du Ministère de l’Elevage et des Productions Animales (MEPA) qui ont été attaqués par le collectif Anonymous Sénégal.
 
Cette attaque sonnait comme une réponse à l'interdiction d'un numéro de Charlie Hebdo avec des caricatures du prophète Mahomet.
 
Sous le hash tag #OpChalieHebdo, les auteurs des attaques étaient explicites sur le mobile de l'opération:
 
"Donc vous avez interdit la caricature en une de Charlie Hebdo?… Mauvais choix."
 
Il faut dire qu'ils ont recouru à une technique simple, dite du défaçage - de l'anglais "to deface", défigurer.
 
Elle consiste à remplacer la page d’accueil d’un site Internet par une autre page généralement sur fond noir, avec des messages en rouge décrivant le but de l'opération.
 
Sur le plan technique, en langage PHP, un simple remplacement des lignes de code du fichier index.php - qui contient les instructions techniques de redirection de l'utilisateur vers la page d'accueil d'un site - est suffisant pour donner l'impression de prendre le contrôle d'un site ou , en tous cas, de sa page d'accueil. Une intervention technique prompte consistant généralement à la restauration du fichier PHP originel suffit à restaurer le site.
 
Une galaxie de groupes de hackers revendique l'appellation d'Anonymous. Ils ont créé de multiples comptes sur les réseaux sociaux pour échanger des informations et de l'expertise sur les techniques de hacking. A ce jour, aucune action d'éclat n'est à porter à leur actif. (24)

“Boko Haram s'est longtemps servi d’internet pour défier Goodluck Jonathan, le président nigérian, à travers des vidéos de revendications

Le hackeur Yunus Incredibl

Il s'est fait remarquer en 2014, en s'en prenant à six sites gouvernementaux sénégalais avec comme extension de nom de domaine le suffixe .gouv.sn.
 
Il s'agit des sites du ministère des affaires étrangères, du ministère de l’interieur, du Journal officiel, du ministère des Sports, et de la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (DGPSSN). 
 
Après enquête, l'attaque aurait été menée par un internaute basé en Algérie qui, visiblement, n'avait d'autre but que de montrer ses compétences en informatique.
  
Plus généralement, les groupes de militants africains sur Internet commencent peu à peu à s'organiser pour diverses causes, allant de la lutte contre la corruption aux violations des droits des enfants.
 
Dans un communiqué de presse publié en janvier, un certain nombre de ces groupuscules avaient annoncé l'opération #OpAfrica, visant à attirer l'attention de la communauté internationale sur plusieurs dérives de la gouvernance, au moyen d'une série d'opérations spectaculaires. 
 
Une première liste de cibles avait été établie, comprenant des objectifs dans les pays suivants : Rwanda,  Ouganda, Afrique du Sud , Zimbabwe, Tanzanie, Ethiopie, Soudan et Soudan du Sud.  Il est important de noter que pour quelque "nobles" que soient leurs aspirations politiques, ces groupes demeurent, du point de vue de la loi, des organisations criminelles, tant qu'elles répondent aux critères d'intrusion non-autorisée dans des réseaux informatiques.
 
La Mauritania attacker  

Il s'agit d'un membre actif du groupe "Anonghost", qui a participé au défacement massif de sites internet français en janvier 2015.
 
En outre, Boko Haram s'est longtemps servi d’internet pour défier Goodluck Jonathan, le président nigérian, à travers des vidéos de revendications. Internet est principalement une voie de recrutement et de propagande, et pour l’instant, Boko Haram n’a pas véritablement les moyens d’agir directement sur la toile.
 
Les groupes cyberterroristes africains utilisent des canaux de communication qui leur sont propres : le réseau TOR, qui permet d’anonymiser les connexions, mais aussi les chatrooms de jeux vidéo qui leur permettent de discuter librement sans être surveillés.

Législation
 
De son côté, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) signale que les cybercriminels ciblent de plus en plus les pays en développement, en premier lieu parce que la législation y est appliquée moins rigoureusement. Le nombre de pays ayant adopté une cyberlégislation augmente rapidement mais plus de 30 pays, situés pour la plupart en Afrique et en Océanie, ne disposent toujours d'aucune cyberlégislation (rapport 2015 sur l’économie de l’information).
 
Au niveau continental, l'instrument le plus important est la Convention de l'Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel, adoptée en juin 2014.

Références

(1) UNFPA - World population Data
(2) ITU - Facts and Figures - The World in 2015
(3) Internet World Stats - Internet Users in the world by regions - November 2015
(4) ITU - Facts and Figures - The World in 2015
(5) Internet World Stats - Internet Users in the world by regions - November 2015
(6) Internet World Stats - Internet Users in the world by regions - November 2015
(7) Kaspersky Lab reports on cyber threats in Africa in the first quarter of 2014
(8) Number of monthly active Facebook users worldwide as of 1st quarter 2016 (in millions)
(9) Digital Marketing Ramblings - 2016 (Accès payant)
(10) Internet live Stats - Twitter Usage Statistics
(11)
(12) The Radicati Group - Email Statistics Report, 2015-2019
(13) Microsoft Cybercrime Center - Digital Crimes Unit (DCU) Botnet Takedowns and Malware Disruptions 
(14) International Data Group Connect, “Africa 2013: Cyber-crime, hacking and malware”, White Paper
(15) Henry Quarshie et Alexander Martin-Odoom, “Fighting Cybercrime in Africa”, Computer Science and Engineering, vol. 2, No. 6 (2012), pp. 98-100.
(16) Michael Chawe, “Cyber crime costs Zambian banks $4m”, Africa Review, 14 June 2013.
(17) GSMA - The Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2014 
(18) ITU - Facts and Figures - The World in 2015 
(19) SHADOW Market 2011 - BSA Global software piracy study Ninth edition, MAY 2012
(20) Kaspersky Security Bulletin 2015 - Overall statistics for 2015 
(21) Net Losses: Estimating the Global Cost of Cybercrime 
(22) 2014 Internet Crime Report  
(23) Kaspersky - The Volume of New Mobile Malware Tripled in 2015 
(24) Anonymous Officiel Côte d'Ivoire 
 
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