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Des recherches prometteuses pour la pisciculture continentale à Madagascar
  • Des recherches prometteuses pour la pisciculture continentale à Madagascar

Crédit image: SciDev.Net/Rivonala Razafison

Lecture rapide

  • Les résultats des recherches entreprises depuis 2011 suggèrent un fort potentiel de la filière piscicole continentale à Madagascar

  • Le pays dispose de plus de 160 000 ha de plans d’eau (hors mangroves) propices à la pisciculture et de plus de 150 000 ha de rizières irriguées favorables à la rizipisciculture

  • Un projet de coopération nord-sud offre aux étudiants malgaches la possibilité de préparer des mémoires et thèses sur la filière.

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Selon les résultats d'une étude de trois ans, Madagascar possède un potentiel halieutique important à même de contribuer à la sécurité alimentaire de l'île.

[ANTANANARIVO] Des scientifiques malgaches et étrangers regroupés au sein du consortium Madapisci, placé sous la direction du Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa), ont présenté le mois dernier (30 juin) les résultats du Projet d’appui à la pisciculture continentale malgache, entamé en 2011 et financé par l’ambassade de France à hauteur de 70 000 euros.

Il en ressort que Madagascar a toutes les chances de développer considérablement et de façon durable la pisciculture au profit du bien-être de sa population, en valorisant le potentiel génétique existant de la carpe commune (Cyprinuscarpio) et du tilapia (Oreochromisniloticus).

Parmi les vingt-cinq espèces introduites dans le pays, ces deux espèces – avec les cyprins dorés – sont les mieux adaptées aux conditions locales, selon Harena Rasamoelina, coordinateur du consortium Madapisci et chercheur au Centre National de la Recherche Appliquée au Développement Rural (Fofifa).

Fort potentiel

L'objectif du projet est d'élaborer une stratégie nationale concertée sur la gestion de la diversité génétique de la carpe et du tilapia, en tenant compte des diverses contraintes identifiées.

"La démarche suivie a consisté à mener des études génétiques des souches existantes pour en déterminer la répartition géographique, la performance de croissance et la survie en vue du plan de gestion, à analyser les systèmes d’élevage, à connaître les maladies pouvant affecter la population des poissons et à créer une plateforme d’échange destinée à converger les points de vue de tous les acteurs", a déclaré Harena Rasamoelina à SciDev.Net.

La production halieutique du pays est estimée à moins de 9 000 tonnes par an. Environ 2 500 tonnes de ce volume proviennent de la pisciculture continentale.

Par ailleurs, la consommation per capita de poissons est seulement de 5,3 kilos par an à Madagascar, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’en consommer au moins deux fois par semaine pour combattre, entre autres, la sous-nutrition et l’hypertension artérielle.

"Le rendement de la pisciculture en particulier est resté stagnant depuis des décennies", souligne encore Harena Rasamoelina. Le pays reste aussi tributaire des produits halieutiques importés d’une valeur de 18 à 43 millions de dollars par an, à la lumière des données sur les cinq dernières années.

Certes, les opportunités de commercialisation existent. Rien que pour la capitale et ses agglomérations, la demande quotidienne est évaluée à 12 tonnes alors que l’offre disponible peine à atteindre 3 tonnes.

Toutefois, selon le consortium, la Grande île dispose de plus de 160 000 ha de plans d’eau (hors mangroves) propices à la pisciculture et de plus de 150.000 ha de rizières irriguées propices à la rizipisciculture.

S'y ajoutent des milliers d’hectares de bassins versants favorables à l’installation d’étangs-barrages pour la pisciculture. "Ces ressources représentent un potentiel de production qui se chiffre en centaines de milliers de tonnes", notent les chercheurs.

Le pays compte aujourd’hui quelque 200 producteurs privés d’alevins dont la capacité reste réduite et est ainsi incapable de répondre convenablement aux demandes nationales.
Des initiatives sporadiques ont été lancées ces dernières années pour tenter de combler le vide, sans pour autant que la situation ait pu être redressée.

Diversité génétique

"Les éleveurs ont toujours attribué aux raisons génétiques leur faible productivité. La question centrale est alors de savoir s’il faudra toujours recourir à l’introduction de nouvelles espèces. Une telle approche comporte des risques, à cause de l’existence de maladies comme le koï herpes virus (KHV), dont notre pays est indemne pour le moment, tandis que l’Afrique du Sud, par exemple, est déjà contaminée", explique Harena Rasamoelina.

Selon les résultats, les souches existantes sur l’île sont facilement gérables en raison de la diversité génétique. "Il est nécessaire d’introduire des souches étrangères, en l'absence de diversité génétique, ce qui n’est pas le cas de notre pays", renchérit Monique Ravakarivelo, docteur vétérinaire associé au projet.

La marge d’amélioration génétique par la sélection des meilleures souches et la mise en œuvre du plan de croisement restent larges à Madagascar. "Si les éleveurs maîtrisent bien les systèmes d’élevage, si les alevins sont suffisants et si la pathologie est bien contrôlée, le rendement devrait se situer à 5-15 tonnes à l’hectare sans les provendes et les fertilisants", assurent les chercheurs.

Selon eux, il est possible pour le pays de produire des centaines de milliers de tonnes de poissons d’eau douce par an s’il réussit à exploiter, même à moitié, son potentiel.


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