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Vers la création d’un fonds africain pour l’agroécologie
  • Vers la création d’un fonds africain pour l’agroécologie

Crédit image: Flickr/Africa Rice

Lecture rapide

  • Il est recommandé la mise en place d’un fonds africain pour l’agroécologie

  • Le secteur privé est aussi invité à embrasser les principes agroécologioques

  • Nombre d’Etats prônent déjà la protection de la nature dans leur politique agricole

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"Mettre en place et alimenter un fonds africain pour le développement de l’agroécologie" ; telle est l’une des vingt-une recommandations issues de la rencontre qui s’est tenue jeudi et vendredi derniers à Dakar au Sénégal sur l’agroécologie comme réponse à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique subsaharienne.
 
Cette recommandation traduit l’unanimité qui a caractérisé l’ensemble des participants sur la nécessité d’adopter l’agroécologique pour "mieux nourrir le monde sans le détruire", selon l’expression utilisée, lors de la cérémonie d’ouverture, par Papa Abdoulaye Seck, le ministre sénégalais de l’Agriculture et de l’équipement rural.
 
L’unanimité en question est née facilement du fait que nombre de pays du continent intègrent déjà la dimension préservation de l’environnement dans leur politique de production agricole, même si celle-ci ne s’appelle pas forcément "agroécologie".
 
Au Gabon par exemple, "Sans qu’il soit dénommé agroécologie, nous avons un programme de mise en place d’agroforêts qui sont des systèmes agraires ou on introduit un certain nombre d’essences forestières et fruitières. Aujourd’hui, nous sommes à près de 1 200 hectares d’agroforêts sur l’ensemble du territoire", indique à ce propos Hervé-Charles Ndume-Engone, assistant technique au ministère de la Protection de l’environnement et des ressources naturelles, de la forêt et de la mer.
 
La situation est identique en Côte d’Ivoire ou le terme agroécologie n’est pas très utilisé ; "mais, dans la pratique, nous mettons en œuvre différentes activités en rapport avec l’agroécologie telle que nous l’avons apprise ici", indique Jérôme Ake Abroba, directeur du cadastre et du développement forestier au ministère des Eaux et forêts.
 
"Au Congo, dans notre nouvelle loi en révision déjà, on a intégré les thématiques liées à la biodiversité, notamment dans l’élaboration de stratégies pour prendre en compte l’agroécologie", témoigne Joseph Léon Samba, coordonnateur du programme sur les ressources forestières en Afrique au sud du Sahara du ministère de l’Economie forestière et du développement durable de la République du Congo.

“Dans l’agriculture de seconde génération, nous pensons que si le producteur ajoute de la valeur à ses produits, il devient un professionnel ; et c’est à peu près ce que prône l’agroécologie”

Catherine Tikum Assi
Directeur du développement local et communautaire
MINADER- Cameroun

 
Par exemple, dit-il, "en ce qui concerne les cultures vivrières, on a déjà fait des essais sur différentes légumineuses arbustives qui ont un impact sur l’enrichissement des sols. On a pu donc démontrer la possibilité d’améliorer les rendements agricoles en associant ces légumineuses arbustives aux cultures vivrières en excluant l’utilisation des engrais".
 
Directeur du développement local et communautaire au ministère de l’Agriculture et du développement rural du Cameroun, Catherine Tikum Assi, a identifié beaucoup de "convergences" entre l’agroécologie et le concept d’agriculture de seconde génération qui est en train d’être développé dans le pays.
 
"L’agriculture de seconde génération consiste à produire plus. L’agroécologie consiste à produire plus et mieux. L’agroécologie tient compte de la chaine des valeurs ; l’agriculture de seconde génération met l’accent sur la chaîne des valeurs. Dans l’agriculture de seconde génération, nous pensons que si le producteur ajoute de la valeur à ses produits, il devient un professionnel ; et c’est à peu près ce que prône l’agroécologie. Donc, je pense qu’il y a une convergence entre les deux concepts", analyse-t-elle.
 
Quoi qu’il en soit, les rencontres de Dakar ont accouché de nombreuses autres recommandations aussi bien en direction des Etats que de la société civile et de la communauté scientifique.
 
Pour ce qui est des chercheurs, ils sont appelés à "identifier les espèces incluant l’élevage et les arbres adaptées pour le changement climatique".
 
En ce qui concerne les Etats, il est question de "développer l'agroécologie dans les politiques et programmes nationaux et régionaux notamment les communautés économiques régionales comprenant les secteurs de la pêche, de la forêt et de l’élevage".
 
Il s’agit en outre de "sensibiliser sur la valeur nutritionnelle des produits issus de l’agroécologie" et d’"inciter le secteur privé local à embrasser les principes agroécologiques".
 
Enfin, puisqu’on s’approche de la conférence sur les changements climatiques (COP21) qui s’ouvre à la fin de ce mois de novembre à Paris (France), les pays africains sont invités à "proposer au niveau de la COP21 qu’un protocole international pour l’agroécologie soit mis en place et adopté par les gouvernements nationaux".
 
Des recommandations qui, si elles étaient mises en œuvre, devraient permettre l’adoption rapide de ce concept un peu partout sur le continent.
 
En tout cas, à la suite des leçons retenues à ces rencontres, les participants se sont dit prêts à plaider dans leurs pays respectifs pour que le dispositif soit mis en place pour davantage promouvoir l’agroécologie.
 
La rencontre de Dakar était une initiative de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en partenariat avec le gouvernement sénégalais.

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