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Les eaux côtières du Maroc au Sénégal se réchauffent depuis 40 ans
  • Les eaux côtières du Maroc au Sénégal se réchauffent depuis 40 ans

Crédit image: Flickr/stringer_bel

Lecture rapide

  • Cette découverte contredit une théorie selon laquelle le réchauffement climatique n’influence pas les phénomènes d’upwelling

  • Les spécialistes estiment que les résultats de cette étude constituent une avancée dans la prévision des ressources marines

  • Ils restent néanmoins partagés sur les impacts durables des changements climatiques sur les écosystèmes côtiers.

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[ABIDJAN] Ces travaux, menés au large de l’Afrique de l’Ouest, mettent fin à un paradigme scientifique sur les effets du changement climatique, selon lequel le réchauffement global n’intensifierait pas les remontées d’eaux profondes froides dénommées ‘upwelling’, caractéristiques de certaines zones côtières du globe.
 
Cette trouvaille est d’une importance capitale, car selon les spécialistes, les remontées d’eau sont cruciales dans la prévision des ressources marines nécessaires pour l’alimentation des hommes.
 
Selon l’océanographe français Claude Roy, quatre grands écosystèmes d’upwelling bordent la façade ouest des quatre grands continents : le courant des Canaries pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest, mais aussi le courant du Benguela pour le Sud de l’Afrique, le courant de Humboldt pour l’Amérique latine et le courant de Californie pour l’Amérique du Nord.
 
Ils représentent environ 5% de la surface des océans et fournissent 20% des captures mondiales de poissons, essentiellement sardines et anchois.
 
« Depuis plus de vingt ans, les spécialistes pensaient que le réchauffement climatique renforçait les vents alizés - les vents alizés sont des vents des régions intertropicales soufflant d’est en ouest - à l’origine de ces phénomènes, refroidissant les eaux de surface», a expliqué Claude Roy.
 
L’océanographe français explique que l’analyse des images satellitaires et les mesures de température des eaux de surface montrent une tendance nette à la hausse dans l’ensemble de la zone, au rythme de 1°C par siècle.
 
Pour les chercheurs, l’analyse des données a aussi montré que les organismes végétaux et animaux aquatiques ont évolué dans un environnement de plus en plus froid au cours des dernières décennies. Ce qui permet de conclure à une baisse de la température à la surface des eaux. 

“Depuis plus de vingt ans, les spécialistes pensaient que le réchauffement climatique renforçait les vents alizés [...] à l’origine de ces phénomènes, refroidissant les eaux de surface.”

Claude Roy,  océanographe français


Les océanologues sont formels : « Le signal thermique, déduit des données paléoclimatiques (les climats passés et leurs variations), résulte d’une migration progressive du plancton (ensemble des organismes végétaux et animaux aquatiques) plus en profondeur du fait du réchauffement des eaux de surface.»
 
Narcisse Angan, géographe et enseignant à l’Université d’Abidjan-Cocody, affirme que les résultats de cette nouvelle étude sont un grand pas dans la connaissance et dans la prévision des ressources marines.
 
Cependant, il s’interroge sur les impacts durables des changements climatiques des écosystèmes côtiers.
 
Selon lui, des études ont montré que les effets du réchauffement des eaux de surface peuvent être antagonistes. « Il peut à la fois favoriser la croissance des larves de poissons, mais également augmenter le gradient de température entre eaux de surface et eaux plus profondes et modifier alors la chaîne alimentaire», explique-t-il.
 
C’est pourquoi il préconise des études complémentaires pour apporter des réponses nécessaires pour une meilleure maîtrise de la prévision des ressources marines.
 
Le devenir des écosystèmes côtiers face au changement climatique reste une question ouverte, fortement influencée par des spécificités locales – d’autres systèmes d’upwelling, comme celui du courant de Californie, montrent bien une tendance à l’intensification et au refroidissement des eaux au cours des dernières décennies.
 
A l’échelle de l’écosystème lui-même, les effets du réchauffement des eaux de surface peuvent être antagonistes: il peut par exemple favoriser la croissance des larves de poissons, mais également augmenter le gradient de température entre eaux de surface et eaux plus profondes et modifier alors la chaîne alimentaire, etc.
 
Autant de questions auxquelles doivent désormais s’atteler les chercheurs.
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