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Les chercheurs en guerre contre les mauvaises herbes en Afrique
  • Les chercheurs en guerre contre les mauvaises herbes en Afrique

Crédit image: SciDev.Net/Rivonala Razafison

Lecture rapide

  • Les technologies sont désormais mises à contribution pour mieux contrôler les mauvaises herbes en zones tropicales

  • Des outils informatiques sont mis au point pour faciliter l’accès à l’information sur les adventices de cultures

  • Un projet en cours d'exécution dans l’océan Indien doit s’étendre aux pays de l’Afrique orientale et australe.

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[ANTANANARIVO] Des chercheurs et techniciens des îles de l’océan Indien, dont Madagascar, à travers le projet "Weed identification and knowledge in the Western Indian Ocean (Wikwio)" (Identification et connaissances des adventices des cultures de la région ouest de l’océan Indien), mettent à contribution les TIC, pour mieux lutter contre les mauvaises herbes et améliorer la sécurité alimentaire.

Le projet, d’un montant total d’un million d’euros, dont 850 000 euros du Programme Afrique-Caraïbes-Pacifiques (ACP) Science and Technology II, de la Commission européenne, vise l’augmentation du rendement au moyen de l’élimination raisonnée des mauvaises herbes.

Démarrée en novembre 2013, l’initiative, d’une durée de 36 mois, s’est inspirée de la réussite du projet Afroweeds (2009-2012) qui ciblait uniquement les mauvaises herbes dans les zones rizicoles.

"Nous avons fait évoluer les outils et les techniques avec les expériences acquises. Nous avons développé le projet Wikwio sur une autre zone concernée et surtout nous l’avons ouvert à l’ensemble des systèmes de culture", a déclaré à SciDev.Net le chef de projet,  Thomas Lebourgeois, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), lors du deuxième atelier technique à Antananarivo, les 20-24 octobre

Une contrainte majeure

Selon lui, les mauvaises herbes représentent l'une des contraintes majeures de l’agriculture en zone tropicale et notamment dans les pays de l’ouest de l’océan Indien.

"Dans toutes ces cultures, la contrainte de l’enherbement est très importante, pour deux raisons. La première : si on ne désherbe pas, on va perdre entre 30 et 80 % et parfois même 100 % du rendement. La deuxième : le désherbage manuel prend énormément de temps. Il représente près de 50 % du travail d’un agriculteur. Si on compte le temps consacré à toute une culture depuis le travail du sol, le semi, l’entretien, la récolte…, le désherbage à lui seul représente la moitié du temps de travail et cela conditionne la possibilité pour l’agriculteur de pouvoir cultiver une certaine surface. Il n’est capable de cultiver que ce qu’il est capable de désherber", a estimé l'expert.

Mettre l'informatique à contribution

Mais, pour le projet Wikwio, la question centrale est de trouver les moyens de se servir des outils informatiques pour permettre aux acteurs agricoles d’avoir accès aux informations sur les mauvaises herbes et la nouvelle stratégie de lutte mise à leur disposition, le but étant de partager toutes les connaissances en vertu de la complémentarité.

"Les chercheurs font de la recherche. Les techniciens et les agents du développement font de l’encadrement des agriculteurs. Chacun a une part de connaissance et si on partage toutes ses connaissances, on accède à un niveau de perception nettement supérieur pour aider les agriculteurs", a-t-il ajouté.

Des supports de type web 2.0 sont mis au point pour faciliter l’accès à l’information sur les mauvaises herbes de cultures.

Les scientifiques ont développé depuis un certain nombre d’années des outils d’aide à l’identification et de partage de connaissances dans le domaine de la botanique et, plus particulièrement, en ce qui concerne les mauvaises herbes.
"Les choses évoluent très vite dans le contexte actuel de mondialisation. Des changements sont observés dans le domaine des mauvaises herbes. De nouvelles espèces sont depuis les années 90 arrivées à cause peut-être de la circulation des marchandises. La mutation de l’environnement agricole du point de vue technique et commercial nous contraint aussi de nous mettre au diapason des nouveautés, surtout à l’heure des TIC", a pour sa part déclaré à SciDev.Net Augustin Randriamampianina, malherbologue au Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa, Madagascar).

En revanche, les malherbologues soulignent que l’idée n’est pas de délivrer des recettes de cuisine, mais de diffuser des connaissances à la fois sur les mauvaises herbes et des méthodes de lutte dans certains contextes bien définis et de permettre aux gens, agronomes, scientifiques et techniciens des services de développement, de pouvoir raisonner par eux-mêmes les itinéraires de désherbage à mettre en œuvre.

A terme, l’opérationnalisation d’un réseau régional S&T renforcé pour briser les cloisonnements existant à des différents échelons est l’une des finalités du projet.

"Un des objectifs de ces outils est d’arriver à mettre tous les acteurs du développement agronomique en réseau pour qu’ils puissent, d’une part, se connaître et, d’autre part, échanger leurs connaissances, partager leurs questions, s’intégrer dans un réseau de communication. Ce qui fait qu’un agent de développement à Madagascar saura ce qui se fait, par exemple, à Maurice. Mais, en même temps, un chercheur des Comores saura quelles sont informations présentes sur une telle ou telle espèce de mauvaise herbe à Madagascar, à Maurice, à La Réunion", a insisté Thomas Lebourgeois.

Pour l’heure, le projet Wikwio renseigne sur une sélection de 344 espèces de mauvaises herbes dont 60-70 % sont communes aux îles de l’océan Indien  en dépit de la différence des contextes agroécologiques.

Mais il arrive que la présence des espèces cause problème dans une île, alors que c’est plutôt le cas inverse dans d’autres, selon les malherbologues.

Le recours aux herbicides et à l’agroécologie a été depuis des années un moyen de lutte recommandé.

Mais les méthodes pratiquées ont montré chacune leurs limites.

Par ailleurs, l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère commence à poser un sérieux problème du fait qu’elle a favorisé depuis les trente dernières années le développement des lianes dans les plantations des cannes à sucre à La Réunion et à Maurice, entre autres.

L’initiative doit s’étendre sur l’ensemble de l’Afrique orientale et australe, en raison d’une certaine similitude des réalités entre les pays.
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