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La technologie au secours des éleveurs sénégalais
  • La technologie au secours des éleveurs sénégalais

Crédit image: Flickr/ILRI

Lecture rapide

  • Le projet Daral est issu d'une coopération entre Coders4Africa, le gouvernement sénégalais et des acteurs de la société civile

  • Il vise à mettre en place une logistique pour soutenir les éleveurs dans la lutte contre les maladies du cheptel et le vol de bétail, a l'origine de tensions inter-ethniques

  • Son objectif ultime est de permettre la traçabilité du bétail, avec la possibilité de géolocalisation, grâce à des puces électroniques

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Microsoft annonce le lancement prochain au Sénégal d’une plateforme Web et SMS qui sera axée sur la lutte contre les vols de bétail et la sensibilisation contre les maladies du bétail dans deux régions du Sénégal.

Initié en partenariat avec l’organisation Coders4Africa, le gouvernement sénégalais et un concepteur local, le projet Daral doit permettre la collecte et la visualisation des données relatives aux éleveurs et leurs cheptels tandis que l’interface mobile (SMS) sera à la disposition des éleveurs pour alerter, selon les besoins, les vétérinaires et les agents de l’ordre.

 
L’idée de créer une application pour les éleveurs émane de M. Amadou Sow, jeune commerçant et éleveur, qui en a ressenti la nécessité après la terrible épizootie de peste équine qui a frappé le Sénégal en 2007 et les conséquences néfastes des vols de bétail.

Sur la base d’un partenariat liant Microsoft et Coders4Africa, l’idée de M. Sow a fait l’objet de plusieurs séances de travail durant trois mois à Dakar, en octobre 2012.

Amadou Sow a su, à l'occasion, communiquer son enthousiasme et sa passion à l’équipe des développeurs qui ont pu ainsi concrétiser son idée en conciliant les besoins exprimés par les éleveurs et les exigences techniques.

C’est ainsi que le logiciel DARAL a vu le jour pour le projet du même nom.

 
Web et SMS pour suivre les cheptels
 

Daral est une application composée de deux plateformes Web et SMS, toutes deux communiquant avec une base de données centralisée.

Le rôle de l’interface web est de permettre la collecte et la visualisation des données relatives aux éleveurs et à leur cheptel, tandis que l’interface mobile (SMS) permettra aux éleveurs d’interagir avec les vétérinaires et les agents de l’ordre de leur localité, en cas d’alerte épidémiologique ou de vol de bétail.

Un module est prévu pour faire de la sensibilisation à travers des vidéos réalisées avec les éleveurs eux-mêmes, en langue locales sur les principales maladies.
 
M. Amadou Daffé, co-fondateur de Coders4Africa, signale que sur demande de Microsfot, les développeurs sénégalais ont veillé à convertir la base de données originale créée avec le logiciel libre MySQL en une version basée sur son équivalent de Microsoft SQL Server.

L’intérêt de Microsoft pour cette initiative se justifie par le fait que ce projet s'inscrit dans le cadre de plusieurs programmes tels que Citoyenneté et 4Afrika, initiés par l’entreprise de Bill Gates, pour promouvoir l’emploi et l’entreprenariat des jeunes, l’innovation, l’accès à la technologie et la modernisation des gouvernements.

“Les tests et études de faisabilité ont déjà été exécutés avec succès et toute la logistique est en place.”

Seynabou Ndoye Sène, responsable des projets et des PME à Microsoft Afrique de l’Ouest


Mme Seynabou Ndoye-Sène, responsable des projets et des PME à Microsoft Afrique de l’Ouest et du Centre, explique que "les jeunes développeurs qui ont créé l’application sont actuellement incubés chez un de nos partenaires, Synapse, pour leur coaching et leur mentoring pour qu’ils puissent créer leur entreprise avec les meilleurs atouts. Ce projet est innovant dans la mesure où il amène l’accès à la technologie dans un domaine rural et informel. En plus, grâce à Daral, l’Etat du Sénégal pourra disposer d’un outil de données statistiques fiables qui lui permettra de mieux gérer ce secteur et mieux planifier les actions telles que les campagnes de vaccination."

Microsoft a préparé la mise en œuvre du projet, en connectant les différentes parties prenantes et en assurant la promotion au niveau des autorités nationales, notamment auprès de la ministre de l’Elevage et de la Présidence de la République, à travers le conseiller spécial du Président de la République en TIC.


Près de 23.000 éleveurs seront sur la plateforme


Grâce à l’initiative Microsoft4Afrika, "les tests et études de faisabilité ont déjà été exécutés avec succès et toute la logistique est en place", selon Mme Seynabou Ndoye Sène.

La phase pilote va se dérouler dans les régions de Fatick et Kaolack, plus précisément dans les zones de Passy, Ndiaffat, Ndoffane, Wack Ngouna, Sokone, Djilor, Lat Mingué, Ndramé Escale, Karang et Toubacouta.

Le déploiement est prévu pour le mois de décembre, 2013 avec notamment le lancement officiel.
 
Dans la zone cible, les initiateurs envisagent d’installer des unités informatiques interconnectées.

Chaque unité comprendra un ordinateur, une imprimante et une clé USB permettant une connexion à l'Internet.

Le secteur de l’élevage manque cruellement de données statistiques.

Mais selon les estimations de Microsoft, le projet va toucher près de 8.000 éleveurs professionnels (ceux qui possèdent plus de 10 têtes de bétail) et 15.000 éleveurs domestiques (entre 1 et 10 têtes de bétail).

La phase pilote va se concentrer sur l’identification et l’enregistrement de tous les éleveurs et têtes de bétail.

Elle permettra d’évaluer le projet pour éventuellement voir comment rendre le système encore plus efficient, avant d’envisager la phase de déploiement national avec le concours du ministère de l’élevage, qui centralisera la base de données.

Le logiciel a été présenté à certains groupes d’éleveurs, mais la sensibilisation s’est focalisée surtout sur les étudiants et les élèves qui sont issus du monde rural et des zones-cibles.
 
M. Amadou Sow, le concepteur, compte beaucoup sur le module de sensibilisation du logiciel Daral car "les éleveurs n’ont pas souvent les moyens de consulter des vétérinaires qui sont presque absents des zones rurales. Ils sont obligés de prendre en charge certaines tâches comme les soins pour le cheptel. C’est ainsi qu’ils manipulent des produits médicamenteux sans avoir conscience des effets secondaires ou sans maitriser les dosages. Parfois, par exemple, ils consomment ces bêtes sans respecter les délais mentionnés. C’est pourquoi nous tenons à la sensibilisation et au système d’alerte en cas d’épizootie."
 
Outre le financement de Microsoft, Coders4Africa cherche d’autres bailleurs pour le pilotage du projet Daral. M. Amadou Daffé espère que l’Etat pourrait faire une contribution au-delà d’un simple accompagnement institutionnel.
 
Le choix des zones ciblées est motivé par la persistance dans ces régions des vols de bétail et de certaines épizooties.

Les cheptels souffrent essentiellement de trypanosomiase, de dermatose nodulaire (voir photo d’une vache atteinte de dermatose nodulaire dans le village de Lambaye), de pasteurollose bovine, du charbon symptomatique et diverses autres maladies parasitaires, selon Mamadou Dia, inspecteur de l'élevage dans le département de Foundiougne.
 
"Il importe pour nos services aussi de disposer de données sur le bétail. Je trouve que le projet Daral vient à son heure pour aider nos services à disposer de données assez fiables sur le bétail. L’inspection de l’élevage qui est chargée de veiller à la santé du bétail, de contrôler les produits de l’élevage et d’accompagner les éleveurs dans l’insémination, en a besoin pour être plus efficace."

 
Les vols de bétail créent des tensions sociales

 
Sur place dans le département de Foundiougne, le lancement du projet Daral est attendu avec une certaine excitation.

Ousmane GUEYE, chef du village de Ndorom Wolof, explique que les vols de bétail sont train de vicier l'atmosphère social dans sa localité. "Des membres des deux groupes ethniques se soupçonnent mutuellement, sans s'accuser clairement. Ce qui crée des tensions après chaque vol constaté… Nous ne tenons malheureusement pas de statistiques mais depuis ces dix dernières années, j'ai été informé de  la disparition de plus de 200 animaux, bovins, ovins et équidés compris. Cela représente beaucoup pour une petite localité de 930 habitants comme Ndorom Wolof. Si des jeunes parmi nos enfants arrivent à sortir des idées pour prendre en charge ce genre de problèmes, pour servir la cohésion sociale, au delà de l'aspect purement économique, je ne peux que remercier Dieu."
 
Une fois que la phase pilote sera démarrée, le rôle de Coders4Africa sera d’aider au déploiement dans les centres choisis, à la maintenance mais aussi à l’évolution de l’application informatique suivant les besoins des clients.

Pour  Mansour Fall, développeur et leader technique du logiciel Daral, "la principale ambition, à terme, au-delà de la phase pilote, est de parvenir à intégrer la traçabilité du bétail, avec la possibilité de géolocalisation grâce à des puces électroniques."
 
Les quatre développeurs de Coders4Africa ont grandement apprécié cette collaboration avec les éleveurs, qui a donné lieu à un intéressant partage des savoirs.
 
"Nous avons réalisé à quel point les besoins en innovations sont nombreux, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural et quel peut être l’impact potentiel de  certaines avancées sur la vie de milliers de personnes", affirme Mansour Fall.

"Le plus souvent, en tant que développeurs, nous ne disposons pas toujours d’un cadre propice à la réalisation de nos idées, avant même de parler de commercialisation de nos applications, à travers des programmes d’incubation. Avec le projet Daral, nous avons eu la chance de le faire. Cette étape constitue déjà un motif de satisfaction pour nous."
 
Toutefois, les contours géographiques du projet ne semblent pas encore avoir été clairement définis.

Dans certaines régions visitées par l'équipe de SciDev.Net, les éleveurs n'étaient pas du tout au courant de l'existence du projet.
 
Ce à quoi l'équipe de pilotage envisage de répondre par une campagne de sensibilisation soutenue, à l'approche du lancement.


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