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La fertilisation du cotonnier, un atout pour les sols
  • La fertilisation du cotonnier, un atout pour les sols

Crédit image: Flickr/CIFOR

Lecture rapide

  • L’étude, menée dans le sud du Mali, a porté sur une période de cinquante ans

  • Elle conclut que la fertilisation du coton a des effets significatifs sur les rendements des cultures vivrières de rotation

  • Mais des experts estiment que les résultats de l’étude ne peuvent pas être appliqués à toutes les zones agroécologiques d’Afrique de l’Ouest

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Une étude menée au Mali pendant quinze ans indique que la fertilisation du cotonnier offre des conditions qui permettent d’améliorer la fertilité des sols et d’augmenter les rendements des autres cultures.

En Afrique de l’Ouest, notamment dans les régions de savanes, le cotonnier fait partie des plantes que les paysans cultivent en rotation avec d’autres cultures.

Cette plante qui produit le coton bénéficie souvent d’un apport en engrais, ce qui n’est pas souvent le cas des autres cultures en raison des difficultés des paysans pour acheter les engrais minéraux ou organiques.

En réponse à l’abandon des pratiques de jachères qui permettent au moins de maintenir la fertilité de sols, les chercheurs du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et de l’Institut d’Economie Rurale (IER), au Mali, ont voulu savoir si la fertilisation du cotonnier peut stimuler, à la fois, la productivité des autres cultures vivrières et la fertilité des sols.

Une longue série d’expérimentations basées sur la rotation cotonnier-sorgho-arachide, a donc été mise en place, à partir de 1965, à la station  de recherche de l’IER de N’Tarla, dans le sud du Mali.

Dans un premier temps, les chercheurs ont nourri le cotonnier en engrais minéral et organique, alors que sur des parcelles témoins, aucune des trois cultures n’a reçu le moindre engrais.

Dans une seconde phase, le cotonnier et le sorgho ont bénéficié d’engrais organique pendant que l’engrais minéral était appliqué sur les trois cultures.
Au même moment, le cotonnier et le sorgho semés sur des parcelles témoins ont reçu eux aussi leur dose d’engrais minéral.

Baisse du potentiel hydrogène

A la fin des expériences étalées sur plus d’une décennie, les chercheurs ont constaté que pendant la première période de l’expérimentation, les rendements des parcelles ayant reçu de l’engrais organique ont été de 20 % supérieurs à ceux des parcelles avec engrais minéral.

Par contre, sur les champs témoins, dans le même temps, les rendements ont été faibles, avoisinant 1 tonne par hectare.

A la seconde période de l’expérimentation, les chercheurs ont remarqué qu’il n’y a eu aucune différence entre les parcelles.

Les rendements ont été identiques au niveau de tous les champs, qu’il s’agisse de la fertilisation organique, minérale ou organominérale.

De façon générale, les chercheurs n’ont décelé aucun effet additif sur le champ enrichi en engrais  organominéral, par rapport aux fertilisations strictement minérales ou organiques.

Mieux, "les stocks de carbone, d’azote, de phosphore et de potassium n’ont subi aucun changement significatif entre le début et la fin de l’expérimentation, vingt-cinq ans après", estiment-ils.

Toutefois, une baisse importante du potentiel hydrogène (pH) a été notée, surtout dans les parcelles recevant de l’engrais minéral durant la seconde période, d’après l’étude publiée dans la section Field Crops Research de la revue Elsevier.

Selon Aude Ripoche, chercheur au Cirad et auteur principale de l’étude, la fertilisation du coton a des effets significatifs sur les rendements des cultures vivrières de rotation à cause des effets résiduels des engrais.

Champ d’application limité

"Notre étude indique que les combinaisons d'engrais inorganiques et organiques sont la meilleure option pour reconstruire et maintenir la productivité à long terme des sols de savane d’Afrique de l'Ouest qui ont été minées et qui ont de faibles niveaux de matière organique", explique Aude Ripoche dans une interview à SciDev.Net.

"Les résultats de cette longue étude montrent que la culture du coton constitue une réelle opportunité pour améliorer la sécurité alimentaire des petits exploitants agricoles en Afrique de l'Ouest, car il fournit un accès aux engrais à travers les programmes de crédit des  compagnies cotonnières", écrivent les auteurs.

Pour sa part, Guy Apollinaire Mensah, enseignant chercheur à l'Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (Inrab), explique à SciDev.Net que les résultats de cette étude sur l’arrière effet de deux cultures sèches sahéliennes, notamment le sorgho et l’arachide, ne peuvent pas être appliqués à toutes les zones agroécologiques en Afrique de l’Ouest. 

Le coton constitue la principale culture d’exportation de nombreux pays en Afrique de l’Ouest. 

La production du coton contribue à l’économie de la plupart des pays de la région.

Mais le secteur cotonnier ouest-africain connaît actuellement des problèmes liés au prix bas du produit sur le marché mondial et à l’ascension rapide du coton brésilien, très compétitif.


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