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Un champ de soja
  • L'IITA développe deux nouvelles variétés de soja résistantes et performantes

Un champ de soja
Crédit image: Christophe D. Assogba

Lecture rapide

  • La mise au point des deux variétés est une réponse à la menace de la rouille du soja

  • Les chercheurs insistent cependant sur le fait que les variétés mises au point ne sont pas des organismes génétiquement modifiés

  • En Afrique, la consommation de soja est en nette augmentation: il est notamment utilisé pour l'alimentation des animaux et la fabrication d'huile.

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Des chercheurs de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), en collaboration avec l’Institut national de recherche sur les céréales (Badeggi), une agence intervenant dans le développement du soja au Nigeria, ont mis au point deux nouvelles variétés de soja résistantes à plusieurs maladies et donnant de très bons rendements.

Ces variétés, le TGx 1988-5F (NCRISOY-1) et le TGx 1989-19F (NCRISOY-2),  approuvées récemment par le Nigéria, pourraient contribuer à l’augmentation de la production et permettre de réduire considérablement  les importations de soja de ce pays.

Mohammed Ishaq, sélectionneur de soja à l’Institut national de recherche sur les céréales du Nigeria (NCRI), a expliqué à SciDev.Net que ces variétés qui ne sont pas des Organismes génétiquement modifiés (OGM), ont été développées à partir du croisement de différents parents de variétés de soja comme l'UG5, une lignée variétale d’origine ougandaise très résistante à la maladie de la rouille.

"Après le croisement des deux parents, les descendances ont été évaluées pendant six générations sur le terrain, en tenant compte du rendement potentiel de divers traits d'adaptation et de la résistance aux maladies", explique le chercheur.

"Par exemple, les descendants ont été cultivés auprès des plantes capables de propager la maladie sur les descendances sous test, de sorte que celles-ci sont exposées à la maladie. Les meilleurs des descendants de chaque croisement ont été sélectionnés et testés en outre dans les champs des agriculteurs afin de déterminer leur potentiel de rendement. Les deux plus performants ont ensuite été proposés pour la mise en culture générale."

Potentiel de rendement et résistance

Ranajit Bandyopadhyay, phytopathologiste principal à l’IITA, à Ibadan, au Nigeria, affirme que la  mise au point des deux variétés très performantes est une réponse à la menace toujours croissante de la rouille du soja et la nécessité d'améliorer la productivité du soja.

Le chercheur indique en outre que ces variétés ont un potentiel de rendement plus élevé que les autres variétés disponibles et possèdent une résistance à de nombreuses maladies foliaires, y compris la rouille.

Selon lui, les deux variétés sont résistantes à la rouille asiatique du soja (Phakopsora pachyrhizi), une redoutable maladie qui se propage petit à petit au Nigeria depuis 1999, où elle a été observée dans l'État d'Oyo.

La rouille asiatique du soja (Phakopsora pachyrhizi), arrivée en Afrique en 1996,  s’est propagée sur le continent par l'Ouganda, le Malawi, le Mozambique, le Rwanda, l'Afrique du Sud, la Zambie et le Zimbabwe.

Elle occasionne des pertes de rendement allant jusqu'à 80% par la défoliation prématurée et la maturation précoce des plantes.
Les deux variétés développées peuvent être récoltées au bout de 110 jours après le semis.

La variété NCRISOY-1, précoce, se récolte dans l’intervalle de 90 à 100 jours, tandis que le NCRISOY-2, un cépage à maturité moyenne, entre 101 à 110 jours.

Le rendement potentiel à l’hectare est d'environ 2,5 tonnes pour le NCRISOY-1  tandis qu’il est de 3,0 tonnes pour NCRISOY-2, avec respectivement 35% et 38 % de protéine brute et 18% d'huile.

"Seules trois nouvelles variétés développées par l'IITA et diffusées au Nigeria, possèdent une résistance à la maladie. D'autres sont très sensibles. Les variétés nouvellement approuvées portent des gousses plus élevées sur la plante rendant  possible la récolte avec des moissonneuses-batteuses. Ces deux nouvelles variétés vont offrir aux agriculteurs un nouveau choix pour la culture à haut rendement et la résistance des variétés de soja à la rouille", a expliqué Ranajit Bandyopadhyay.

Accès aux nouvelles variétés

Selon lui, le soja fournit des protéines bon marché, au prix abordable pour les pauvres, qui n’ont pas accès aux protéines animales ou ne peuvent pas se les permettre.

Il génère des revenus pour les agriculteurs, conserve également la teneur en nutriments du sol après la récolte et constitue également une culture industrielle servant comme matière première pour les industries alimentaires animales et du pétrole.

Le Nigeria produit, depuis 2013, plus de 850 000 tonnes de soja et est le seul pays en Afrique de l'Ouest qui commercialise une grande quantité de ce produit.
La demande de soja augmente en Afrique de l’Ouest. Cette augmentation est due à son utilisation pour l’alimentation des animaux (volaille, poisson), pour la fabrication d'huile et d'autres produits.

"Le rendement élevé de ces variétés se traduit par une plus grande productivité. Plus de rendements va conduire à une plus grande production de soja. La forte production locale de soja permettra de réduire la demande de soja importée", a déclaré Mohammed Ishaq.

Ranajit Bandyopadhyay souligne pour sa part que les agriculteurs peuvent avoir accès à ces variétés par les services de vulgarisation des pôles de développement agricole, ainsi qu’à travers les services nationaux des semences, les nouveaux projets comme N2Africa, USAID-Markets II et le programme de transformation du gouvernement, qui utilise de nouvelles variétés pour ses projets.
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