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Des germoirs biodégradables pour accroître la production agricole
  • Des germoirs biodégradables pour accroître la production agricole

Crédit image: Flickr/Rivonala Razafison

Lecture rapide

  • Un ingénieur agronome malgache a mis au point une nouvelle technique agricole permettant une nette amélioration des productions

  • La technique repose sur les germoirs biodégradables, un outillage fabriqué à l’aide de journaux usés ou de papiers découpés et collés

  • La technique permet une amélioration de rendement de plus de 100%

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[ANTANANARIVO] L’approche développée par Juslain Raharinaivo permet au riziculteur de réaliser un rendement moyen de plus de 8 tonnes de paddy à l’hectare, tandis que la moyenne nationale stagne autour de 3 tonnes.

"Sur les centaines d’hectares de rizières où la technique a été testée, nous avons même pu noter une production atteignant jusqu’à 15 tonnes à l’hectare", a confié à SciDev.Net Juslain Raharinaivo.

"Ce résultat s’explique par le nombre de talles par pied, évalué entre 50 et 100 avec le Système de Riziculture Intensive (SRI), mais rarement inférieur à 100 avec la nouvelle technique", a-t-il ajouté.

A l’instar de Simon Andrianirina, un paysan à Morarano Gare (MLA) Moramanga, des paysans sont convaincus de l’efficacité de la nouvelle technique basée sur l’usage des germoirs biodégradables (GB).

Ils font l’objet d’une marque déposée auprès de l’Office malgache de la propriété intellectuelle (Omapi) depuis 2007 même si davantage d’améliorations sont encore nécessaires.

Les germoirs biodégradables créés à Madagascar sont un outillage fabriqué à l’aide de journaux usés ou de papiers découpés et collés côte à côte de manière à obtenir des dispositifs à l’image des alvéoles.

“La nouvelle technique mise au point par Juslain Raharinaivo a un fondement scientifique bien réel. Elle met les jeunes plants à l’abri de la souffrance due à la fanaison.”

Philibert Rakotoson, ministère malgache de l’Agriculture et du Développement rural, Madagascar

Ils sont destinés à faciliter les opérations de repiquage, qu’il s’agisse de périmètres irrigués ou de cultures sur des collines.

"Un hectare de rizière compte entre 130 000 et 160 000 pieds de riz. Etant donné l’évolution de la technique, environ 2 000 alvéoles de 64 cavités sont suffisantes pour couvrir un hectare", explique le père de l’invention.

Selon lui, la nouvelle technique permet à une quinzaine de personnes de repiquer en une seule journée un hectare de rizière, alors qu'avec le SRI, il en faut entre 40 et 60 pour le même volume de travail.

Mais la véritable recette de la découverte réside dans chacune des alvéoles, où du terreau humidifié est fourré, en tenant compte du coefficient d’hygroscopicité et mélangée avec des fumiers et un peu d’engrais à forte teneur d’azote comme les guanos, selon la convenance du paysan.

"L’apport des micro-organismes assurant l’enrichissement du terreau justifie le choix des fumiers. Les engrais chimiques sont peu conseillés car ils détériorent la structure du sol", souligne l’expert.

Une seule graine est déposée dans chaque cellule du GB de façon à favoriser sa germination.

Au bout de deux semaines, la contenance de chacune des alvéoles forme une motte de terre avec au-dessus une plantule en bonne santé.

Les alvéoles deviennent facilement détachables les unes des autres à ce stade et la manipulation des mottes ne pose aucun problème pour le planteur.

"Le risque de fanaison est absent même sans arrosage immédiat après le repiquage. Point n’est besoin non plus de recourir au remplacement. Aucune des plantules ne meurt. Le terreau enrichi dans le germoir assure leur nourriture", précise le chercheur.

La période de stress, selon le jargon des agronomes, est donc nulle pour les plantes, de telle sorte que la durée du cycle de végétation est respectée.

"La nouvelle technique mise au point par Juslain Raharinaivo a un fondement scientifique bien réel. Elle met les jeunes plants à l’abri de la souffrance due à la fanaison", corrobore Philibert Rakotoson, conseiller technique du ministre malgache de l’Agriculture et du Développement rural.

En effet, le mode de repiquage classique – largement pratiqué sur l’île – fait perdre un temps précieux aux paysans, en raison de la période de stress s’étendant sur 1 ou 1,5 mois. Celle-ci retarde de fait la récolte.

La technique usant des GB est moins exigeante que les autres, bien qu’elle s’inspire initialement du SRI. Avec ce dernier, le repiquage est recommandé lorsque les plantules ont 8 jours. Ils sont fragiles à ce stade.

Il faut également des préparations minutieuses du terrain avec une bonne maîtrise de la gestion de l’eau. Or, la grande majorité des 1 400 000 hectares de rizières en cours d’exploitation dans tout le pays ne l’est pas du tout. C’est l’un des facteurs limitant drastiquement la promotion du SRI sur toute l’étendue du territoire.

En revanche, la nouvelle approche est applicable à grande échelle même sur des terrains mal irrigués. Elle suggère seulement l’attente de la naissance des deux talles au bout de 20 jours de la germination.

"Leur apparition est favorisée par la distance des graines qui sont disposées à 2,5-3 cm les unes des autres. Les fumiers et engrais mis dans les alvéoles nourrissent les talles, permettant ainsi leur croissance rapide. C’est cela l’une des clés magiques des GB", a révélé Juslain Raharinarivo.

"Les talles ne poussent jamais lorsque les graines sont mises côte à côté. Ceci explique le faible rendement des plants provenant des pépinières traditionnelles", a-t-il continué.

Mais la rapide multiplication des talles n’a été démystifiée que lors d’une descente à Morondava.

"Je suis agronome de formation et de carrière. Mais je ne l’ai comprise moi-même qu’à la suite des explications d’un paysan", avoue l'expert.

"En règle générale, une plante est constituée d’une tige et des racines. Il faut éviter d’enfoncer la tige dans le sol et de laisser les racines pendues à l’air libre lors du repiquage. Il convient de maintenir leur intersection au ras du sol, ce qui est impossible avec le SRI mais tout à fait réalisable avec la nouvelle technique. Cette condition est primordiale pour la pousse des talles", a-t-il indiqué.

La nouvelle technique ne demande que deux sarclages au maximum, alors que le SRI en impose deux ou trois.

En outre, le mode traditionnel nécessite au minimum 75 kg de semence par hectare, alors que 3,5 kg sont amplement suffisants pour la nouvelle technique. Valable pour tous types de culture à base de graines, elle offre également des perspectives d’adaptation aux effets du changement climatique et aide les paysans à mieux faire face aux variabilités des précipitations annuelles.

Cette année, les trouvailles demandent à être approuvées par les autorités scientifiques.

Les GB pour le riz ne sont plus vendus séparément. Ils sont livrés avec la quantité bien mesurée des semences conditionnées directement fournies par Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa).

L’innovation se révèle opportune pour faire accroître le rendement national évalué à 5 millions de tonnes de paddy par an pour les 22 millions d’habitants de l’île. L’expérience de Juslain Raharinaivo a débuté avec le lancement des premières plantations d’artemesia à Madagascar en 1994, une année après l’obtention du diplôme d’ingéniorat à l’Ecole supérieure des sciences agronomiques à l’Université d’Antananarivo.

Sachets en plastique, écorces de niaouli et pots de yaourt collectés dans des ordures sont tour à tour passés dans ses laboratoires en plein air jusqu’à ce qu’il ait fini par prendre conscience du bon usage de vieux journaux, en 2006.

La technique a subi des liftings incessants jusqu’à son niveau d’acceptabilité actuel. En 2008, l’acteur américain Jim Carey a été un des admirateurs de la découverte alors en pleine phase expérimentale sur des parcelles de rizières appartenant à la famille du président Marc Ravalomanana (2002-2009).

A l’époque, la star internationale avait visité l’île dans le cadre du soutien apporté par son organisation Better U Foundation à la dissémination de nouvelles techniques agricoles en vue de consolider le processus de développement rural.
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