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  • Le Burkina lance un système de paiement par SMS

Crédit image: Mathieu Bonkoungou

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  • L’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) du Burkina Faso expérimente depuis quelque temps, un mode de paiement par SMS

  • L’objectif est de réduire les longues files d’attente devant les guichets

  • Mais même si le système est jugé performant, il suscite encore la méfiance, notamment chez les analphabètes

Au Burkina Faso, l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), qui a en charge le traitement et la distribution d’eau potable à travers le pays, innove. Depuis quelques mois, ses abonnés ont la possibilité de régler leurs factures par le biais de portefeuilles électroniques.

Cela peut se faire de chez soi avec le téléphone portable, ou en se rapprochant des services de l’un des trois prestataires choisis par l’ONEA.
Malgré quelques réticences, les clients commencent à adhérer.
   
Quand vient le moment de payer les factures à la fin du mois, les abonnés de l’Office national de l’eau et de l’assainissement du Burkina perdent le sommeil, tiraillés entre la hantise des  longues files d’attente devant les guichets  de paiement et la menace d’une pénalité en cas de paiement au-delà de la date limite. Une situation dont du reste s’étaient rendus compte les premiers responsables de l’entreprise qui avancent comme première explication, l’extension exponentielle du réseau, qui est passé de 30 000 abonnés au début des années 90 à 300 000 actuellement.
 
Selon le directeur clientèle de l’ONEA, Adama Saouadogo, «le nombre d’abonnés de l’ONEA, « à certaines périodes de pointe, il y a de l’engorgement et les clients sont alignes sous le soleil dans la rue, exposes aux intempéries ».
 
La nationale de l’eau et de l’assainissement au Burkina compte quelque 200 000 abonnés pour la capitale Ouagadougou, pour seulement 28 caisses de paiement. « Cela aurait pu être suffisant, mais les abonnés attendent toujours la dernière minute pour payer leurs factures et c’est ce qui crée les engorgements et les désagréments », explique le directeur clientèle.
 
« Ce sont autant de choses qui n’arrangent pas l’image de l’ONEA. Ça ne nous plait pas de voir nos clients alignés sous le soleil ou sous la pluie, parfois pendant plus d’une heure pour régler leurs factures d’eau », affirme-t-il.
 
« Quand on vient pour payer sa facture, il faut se préparer à y passer deux ou trois heures. Ce n’est facile pour personne. Ni pour ceux  qui travaillent dans les bureaux, ni pour les petits commerçants comme nous », déclare Assane Ouédraogo.
 
Depuis 2010, la direction de l’ONEA cherche une solution pour soulager ses abonnés et a fini par opter pour la solution du porte-monnaie électronique.
 
«  Dans la réflexion, nous nous sommes rendus compte qu’il existe aujourd’hui d’autres moyens de payer sa facture plutôt que d’aller toujours s’aligner à l’agence de l’ONEA. C’est ainsi qu’avec  certains partenaires, nous avons signé des contrats de prestation pour donner à nos clients d’autres  moyens plus modernes de payer en évitant les longs déplacements », explique le directeur clientèle.
 
L’ONEA est accompagné dans l’aventure par trois partenaires prestataires de services dans  le système de paiement électronique. Il s’agit de la compagnie de téléphonie mobile Airtel Burkina, qui a développé un produit appelé Airtel money, de Banking service payment (BSP) et de Cellular system international/Wari.
 
« Aujourd’hui avec son téléphone portable, on peut payer sa facture en étant à la maison. Il suffit pour cela d’ouvrir au préalable un compte électronique auprès de ces trois sociétés. Mais les trois prestataires font également le tour des agences aux périodes de pointe, pour voir ceux qui sont alignés pour régler leurs factures et même si les clients ne disposent pas d’un compte, ils récupèrent les espèces et effectuent sur place, le paiement par SMS pour vous », explique le directeur clientèle de l’ONEA.
 

“ Les gens adhèrent à ce nouveau produit, même s’il y en a qui sont difficiles à convaincre.  ”

Ibrahim, agent d'Airtel Money

Pour le moment, ils ne sont pas nombreux à disposer d’un porte-monnaie électronique.  Le système, il est vrai, n’est pas encore suffisamment vulgarisé, mais il est évident que les Burkinabé, d’un naturel méfiants, attendent de voir.
 
Pourtant, les agents des trois prestataires qui approchent les abonnés alignés devant les guichets semblent faire de bonnes affaires.
 
« Les gens adhèrent à ce nouveau produit, même s’il y en a qui sont difficiles à convaincre ; mais les avantages sont certains. Les clients qui ouvrent un compte Airtel Money n’ont plus à s’aligner devant les guichets, ils n’ont plus besoin de se promener avec de l’argent liquide », affirme Ibrahim, agent d’Airtel Money faisant le pied de grue, portable à la main, devant une des agences ONEA de la ville.
 
« La plupart des gens que nous avons approchés dans la file ce matin ont préféré payer par nos soins que de rester dans les rangs. Mais certains n’ont pas eu confiance et ont préféré aller payer au guichet. Je pense qu’ils vont adhérer quand ils comprendront tous les avantages qu’il y a à payer par le biais du porte-monnaie électronique », indique de son côté François, autre démarcheur Airtel Money rencontré devant la même agence ONEA.
 
Quant aux clients, les sentiments semblent quelque peu mitigés. Mais malgré le scepticisme très perceptible dans les rangs des abonnés, certains ont adhéré tout de suite, après les explications des agents des sociétés prestataires de services de paiement électronique.
 
« Personnellement je viens d’utiliser le paiement par SMS. Cela va me permettre de gagner du temps et d’éviter cette longue file d’attente. Je vais l’adopter parce que je pense qu’on gagne même en argent. C’est le manque de temps qui nous amène parfois à nous acquitter des factures d’eau au-delà de la date limite et à payer des pénalités de retard. Avec ce système je pourrai payer dans les limites des délais. C’est bien », affirme un fonctionnaire qui a été obligé d’abandonner son bureau toute la matinée pour régler sa facture d’eau.
 
De fait, un certain engouement a été constaté depuis  ces  derniers mois au niveau des trois opérateurs.  Au bout de 5 mois d’expérimentation de ce mode de paiement, environ 9000 abonnés l’ont adopté.

«  Les clients font de plus en plus confiance à ce système de paiement par SMS. Ça commence à venir. Notre objectif est que l’abonné lambda puisse à partir de chez lui payer sa facture, ou  entrer en contact avec l’operateur qu’il aura choisi. Ce que nous souhaitons, c’est éviter à nos clients, les longs déplacements et les longues files d’attente devant les guichets », affirme Adama Saouadogo.
 
Surtout que les frais occasionnés par ce paiement électronique ne grèveront pas davantage les budgets des ménages puisque, pour chaque opération, l’operateur  perçoit entre 250 et 300 francs CFA.
 
« Si je dois faire 5 km pour venir payer ma facture, ça me demande du carburant, du temps et j’encours des risques dans la circulation. N’est-il pas préférable de débourser 250 ou 300 francs CFA ? », s’interroge le directeur clientèle de l’ONEA.
 
Mais l’un des freins au développement de ce système de règlement des factures par SMS est et sera sans nul doute pour longtemps encore, le fort taux d’analphabétisme au sein de la population burkinabè. Une situation qui ne facilite pas la compréhension et renforce la méfiance.
 
 Adama Saouadogo pense toutefois qu’il faut « forcément une conduite du changement  parce que, de plus en plus, il faut aller vers la monnaie électronique ».
 
« Ce n’est  pas seulement au niveau de l’ONEA, mais de façon générale. Ce sont des pratiques qui marchent ailleurs, pourquoi pas au Burkina. Si ça prend à la base, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas », affirme-t-il.
 « La monnaie électronique, c’est l’avenir », soutient de son côté Ibrahim, de Airtel Money.
 
« Son objectif est de permettre aux clients de régler leurs factures à partir de la maison, et même de faire leurs achats dans les supermarchés,  juste en utilisant leur téléphone portable. A partir de ce portefeuille électronique, vous pouvez transférer de l’argent ou en recevoir », affirme-t-il avec conviction.
    
A en croire les agents des prestataires de service partenaires de l’ONEA, le paiement électronique est incontournable. Et pour la nationale de l’eau et de l’assainissement au Burkina, ce mode de paiement pourrait marquer la fin de la galère pour les abonnés.
     
« Le souci de réduire autant que possible le temps d’attente des clients aux guichets de paiement nous a toujours habités. Nous avons expérimenté la domiciliation bancaire, le paiement par chèque à nos guichets mais ça n’a pas vraiment pris. Nous pensons qu’avec le nouveau mode de paiement que nous expérimentons, le problème sera réglé », affirme le directeur clientèle Adama Saouadogo.